23/05/2016

Cannes, Jour 12 + 1: c'était quoi, votre palmarès idéal?

Palmes.jpgLendemain de Cannes et soupe à la grimace. Pas besoin de se promener longtemps sur les réseaux pour voir que personne n’est content de ce palmarès des absents qui clôt une quinzaine riche en images et en audaces formelles. Ceux qui comme moi ont visionné les 21 longs-métrages de la compétition officielle sont unanimes à reconnaître que le jury, présidé par George Miller, fut particulièrement à côté de la plaque. Avec d’autres personnalités, il en eut sans doute été tout autrement. Mais voilà, on ne peut pas refaire l’histoire officielle. Juste noter un clivage entre neuf personnes débattant dans une suite cinq étoiles et la quasi totalité des professionnels, surtout les critiques, qui pèsent tout de même de leur poids sur un festival comme Cannes. Et puis il y a ceux qui n’ont pas vu tous les films (faute de temps, d’intérêt, who cares ?) mais eurent quelques coups de cœur et emboîtent le pas aux précédents en ronchonnant à l’identique. Il n’y a pas de palmarès idéal. Juste des palmarès rêvés. Voici le mien.

 

Palme d’or : Toni Erdmann de Maren Ade

Grand Prix du Jury : Paterson de Jim Jarmusch

Prix de la mise en scène ex-aequo : Personal Shopper d’Olivier Assayas et Elle de Paul Verhoeven

Prix du scénario : Ma Loute de Bruno Dumont

Prix du Jury : Rester vertical d’Alain Guiraudie

Prix de la meilleure interprétation féminine : Sandra Hüller pour Toni Erdmann de Maren Ade

Prix de la meilleure interprétation masculine : Adam Driver pour Paterson de Jim Jarmusch

 

Je ne sais pas s’il respecte le protocole des prix et je m’en fous, mais il y aurait eu des absents : Aquarius de Kleber Mendonça Filho, parce qu’il n’y a pas de place pour tout le monde ; Julieta d’Almodovar parce qu’il m’a laissé de marbre ; American Honey d’Andrea Arnold parce que je n’aurais pas voulu lui faire l’affront de lui donner un Prix du jury pour la troisième fois ; I, Daniel Blake de Ken Loach parce qu’il reste figé dans ses intentions louables en omettant que le cinéma est aussi affaire de grammaire ; Juste la fin du monde de Xavier Dolan parce que le benjamin du concours a encore tout le temps de faire mieux et de remporter une palme dans la prochaine décennie ; Ma’ Rosa de Brillante Ma Mendoza parce que je n’aurais pas pu mettre trois prix de la mise en scène ex-aequo ; Forushande d’Asghar Farhadi et Bacalaureat de Cristian Mungiu parce que j’en ai un peu marre de leur formalisme narratif profilé pour remporter des prix.

Reste à parler de Jean-Pierre Léaud, des sections parallèles et de quelques rencontres. Mais ce sera dans un prochain billet.

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22/05/2016

Cannes, Jour 12: Ken Loach repart au combat et décroche la Palme

loach.jpgIl avait décidé de prendre sa retraite. Après Jimmy’s Hall, Cannes 2014. Mais dans le monde, les choses se gâtent. Le néolibéralisme gagne du terrain, la précarité augmente, la société se fissure de partout. Alors il a repris sa caméra. Scénario de Paul Laverty, portraits croisés d’un menuisier exploité par le système et d’une mère célibataire en proie aux injustices. Je schématise, vous trouverez les résumés ailleurs. I, Daniel Blake, le dernier Ken Loach, est fidèle au style du cinéaste – naturalisme composé, un rien plan plan – et à son sens de l’engagement. Le geste politique, plus que cinématographique, lui a valu ce soir la Palme d’or à Cannes. Pour la deuxième fois, après Le Vent se lève en 2006. Loach, 80 ans bientôt, repart au combat, et a réveillé la conscience politique d’un jury cannois dont les membres ont l’habitude de brasser des millions. Leur décision, sans être condamnable, flirte avec le politiquement correct. D’autant plus que le palmarès rassemble plusieurs autres films en proie avec les maux du monde, au sens large. Forushande d’Asghar Farhadi (Prix du scénario et de la meilleure interprétation masculine), Bacalaureat de Cristian Mungiu (Prix de la mise en scène ex-aequo), Ma’ Rosa de Brillante Ma Mendoza (Prix de la meilleure interprétation féminine pour Jaclyn Jose, une comédienne il est vrai géniale). Et Jim Jarmusch, Maren Ade, Bruno Dumont, Alain Guiraudie, qui nous ont tant séduit cette quinzaine ? Que dalle. Même pas un osselet à ronger. Xavier Dolan, qui rêvait déjà à sa palme – en 2037, peut-être, qui sait -, se brise la voix de sanglots longs en recevant son Grand Prix du jury pour Juste la fin du monde. Et puis il y a, malgré tout, deux grands films formels, voire plus, au générique de fin. L'immense Personal Shopper d’Olivier Assayas (Prix de la mise en scène ex-aequo) et American Honey d’Andrea Arnold (Prix du jury). Je m’en réjouis, même si les cartes auraient pu ou dû se distribuer autrement. On ne va pas refaire l’état des choses. De toute façon, la richesse et l’éclectisme de la sélection cannoise 2016 se charge de nous rappeler la diversité des images et des écritures, la fragmentation des univers et la solitude des artistes. On l’a aimée, plus que celle de l’an passé (ce qui n’était pas difficile), cette sélection. Et quand je dis «on», c’est tout le monde, y compris les plus aguerris, les plus aigris, qui ne sont pas forcément les plus vieux. Cannes, bilan positif, donc, à quelques bémols près. J’y reviens dans un prochain billet.

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21/05/2016

Cannes, Jour 11: "Elle", les mécanismes de la cruauté

elle.jpgIsabelle Huppert, éternelle reine de Cannes, pour la première fois chez Verhoeven. Dans une adaptation de Philippe Djian qui sied particulièrement bien à l’auteur de Basic Instinct. Michelle, femme d’affaires dirigeant une entreprise de jeux vidéo, se fait agresser et violer à son domicile. Tel est le contenu de la séquence d’ouverture du film. Elle se profile alors comme un thriller érotique et cruel avec un mystère à résoudre en guise de fil rouge. Mais c’est mal connaître Verhoeven (et Djian ?) qui déplace rapidement les enjeux de son film. Et montre les visages successifs de Michelle, qui de victime, devient petit à petit prédatrice et tire les ficelles d’une intrigue où la plupart des personnages apparaissent névrosés et déplaisants. Avec sa narration complexe et à plusieurs vitesses, le film démonte les mécanismes de la cruauté avec un plaisir jouissif particulièrement communicatif. Bel objet formel, Elle est aussi une variation subtile sur la biologie humaine.

client.jpgQuant à Asghar Farhadi, pour la seconde fois en compétition à Cannes après Le Passé en 2013, il se lance à nouveau dans une radiographie de la société iranienne. Le film s’appelle Forushande (Le Client en français) et se concentre autour d’un jeune couple contraint de déménager. Mais un incident lié à l’ancienne locataire de leur nouvel appartement va bouleverser leur existence. Beaucoup de bruit pour rien, ai-je envie d’ajouter à propos d’un scénario filandreux, tiré par les cheveux, entrelacé de séquences chichiteuses se déroulant sur la scène d’un théâtre. Uniquement centré sur son sujet (fumeux), le film se veut étendard social et observation réaliste d’un consortium sur lequel le cinéaste ne dit rien. Le filmage est sobre, mais le résultat aussi politiquement correct et ennuyeux qu’Une séparation, qui avait permis à Farhadi de remporter un Ours d’or à Berlin en 2011 avant de compléter la mise avec un César puis un Oscar. Forushande n’est-il lui aussi qu’une machine à gagner des prix dans des festivals ? Réponse demain soir.

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