07/11/2014

"My Winnipeg", introduction à la poétique de Guy Maddin

mywinnipeg.jpgVoici douze têtes de chevaux surgissant d'un sol enneigé. Les animaux sont morts, et paraissent avoir été saisis en pleine course, figés par le froid, tous ensemble. Au premier plan, l'oeil encore ouvert, comme s'il nous regardait, la mâchoire entrouverte, l'un des chevaux affiche un rictus peu naturel. Signe qu'il s'agit peut-être (et même sans doute) d'une fausse carcasse qui a servi pour le film. Au milieu de ces têtes, coupant l'image presque comme une diagonale, un sentier dans la neige révèle la présence de pas, ou plus exactement de foulées. On a clairement dégagé le sol sur une longueur choisie, comme pour mieux circuler au milieu des animaux. Le noir et blanc domine, correspondant à une volonté purement esthétique, celle de filmer en noir/blanc.

Cette image saisissante de My Winnipeg de Guy Maddin renvoie à toutes sortes d'interprétations possibles. Sa logique semble être celle d'un rêve, voire d'un cauchemar. Il fait également référence au surréalisme. Comment ne pas voir ici un clin d'oeil aux carcasses d'ânes chargées dans un piano du Chien andalou de Bunuel et Dali? L'influence de Cocteau, celui du Testament d'Orphée, se fait elle aussi sentir. Mais la charge de l'ensemble demeure très poétique et il y a quelque chose de pictural, donc d'extrêmement mis en scène, dans cette composition dominée par l'idée de la mort et pourtant relativement douce au regard. Le cinéma de Guy Maddin s'y reflète entièrement, y compris dans son caractère insaisissable. My Winnipeg est le portrait d'une ville, le croquis de souvenirs d'enfance et la résurrection de fantasmes enterrés profondément dans l'inconscient.

My Winnipeg sera projeté dimanche 9 novembre à 20 heures 45 aux Cinémas du Grütli, dans le cadre du Festival Tous Ecrans.

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