14/11/2014

Dans "Le Voyou", qui Claude Lelouch vise-t-il?

voyou.jpgVoici un homme - on reconnaît Jean-Louis Trintignant - face à l'objectif de la caméra, la visant avec un pistolet. Par prétérition, c'est sur nous, les spectateurs, qu'il semble vouloir tirer. La texture de l'ensemble apparente l'image à un extrait de polar. Et c'est effectivement le cas, puisqu'il s'agit du Voyou de Claude Lelouch, une histoire de vengeance curieusement structurée, du moins dans mon souvenir. Ce film de 1970 est en effet divisé en deux parties, mais Lelouch les inverse, non sans créer une de ces confusions narratives dont il a parfois le secret (exemple également dans La Belle histoire et ses sauts temporels). Le Voyou est relativement à part dans la filmographie de Lelouch, l'histoire d'amour et le motif de la rencontre étant tous deux ici relégués au second plan, voire absents de la fiction.

Ce motif en caméra subjective - un homme nous vise et feint de nous tirer dessus - est récurrent dans l'histoire du cinéma. Il est même l'un des premiers à signaler historiquement l'interaction possible, dans un cadre fictionnel, entre un personnage et son public. On le retrouvait en effet déjà en 1903, dans The Great Train Robbery d'Edwin Stanton Porter (image ci-dessous, en version colorisée), via un plan fondateur qui a presque une valeur iconique tant il est connu. Il est hautement probable que les cinéastes aient cette référence en tête lorsqu'ils mettent en boîte un plan analogue à celui-ci - il y en a des exemples chez Tarantino et bien d'autres. Sa présence dans Le Voyou de Lelouch prouve finalement l'éclectisme d'un cinéaste dont la palette graphique s'avère plus large que celle à laquelle certains voudraient le réduire.

Great-Train-Robbery.jpg

Le Voyou sera projeté samedi 15 novembre à 20 heures 45 aux Cinémas du Grütli, dans le cadre d'une rencontre avec Claude Lelouch, qui sera là pour en parler.

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