25/11/2014

Le paradoxe de Fermi est-il toujours d'actualité?

fermi.jpgIl y a quelques jours, je publiais un billet consacré à l'étrange son capté par le robot Philae, dans le cadre de la mission Rosetta, sur la comète 67P (lire ici). Même s'il y a peu de chances (ou de risques) qu'il émane d'une civilisation extraterrestre présente ou passée, il réveille en nous, indirectement, ce fantasme du contact avec des aliens et de la preuve de leur existence quelque part (c'est-à-dire dans un espace et un temps probablement lointains). Cette annonce nous ramène également à une série d'interrogations qu'on nomme le paradoxe de Fermi. Le 20 mai 1950, au cours d'un déjeuner, le physicien italien Enrico Fermi, lors d'une discussion à propos des extraterrestres, s'exclamait à peu près en ces termes: "S'il y avait des civilisations extraterrestres, leurs représentants devraient déjà être chez nous. Où sont-ils donc?"

Pour certains, le paradoxe résulte d'un anthropocentrisme qui empêche de répondre à la question. D'autres l'ont reformulé, de manière à ouvrir le débat. Notre terre étant plus jeune que l'univers d'environ un milliard d'années, on peut alors supposer qu'au moins une civilisation extraterrestre de la galaxie, si tant est qu'elle existe ou ait existé, ait développé et entrepris une colonisation interstellaire, laquelle nécessiterait (et c'est prouvé) uniquement quelques millions d'années. Dans ce cas, nous devrions pouvoir observer des traces de cette civilisation. Mais nous n'en voyons pas. Ni traces ni signaux radio (ou autres) qui attesteraient d'une manifestation extraterrestre. Emprunté à la revue Sciences & Vie, le tableau ci-dessus fait à peu près le tour des réponses possibles au paradoxe de Fermi et chaque hypothèse émise pourrait être matière à débat.

La célèbre équation de l'astronome Frank Drake, formulée en 1961, et que voici

                 N = R^{*} ~ times ~ f_{p} ~ times ~ n_{e} ~ times ~ f_{l} ~ times ~ f_{i} ~ times ~ f_{c} ~ times ~ L

permet quant à elle de conclure que notre civilisation est probablement la seule de la galaxie. Je détaillerai cette formule, apparemment aride sans explications, dans un prochain billet. Cela étant, certaines des hypothèses et réponses au paradoxe de Fermi introduisent à une notion qu'on appelle Grand Filtre, concept introduit par un économiste américain, Robin Hanson, en 1996. Pour le comprendre, il faut rappeler une succession d'étapes nécessaires à l'existence d'une civilisation avancée.

Soit la formation d'une planète à bonne distance d'une étoile de taille moyenne (telle notre soleil), l'apparition d'une molécule capable de se reproduire, la formation des premières cellules (procaryotes) puis le développement de cellules complexes (eucaryotes), l'apparition de la reproduction sexuée puis de systèmes multicellulaires, et enfin l'évolution de la pensée et de l'intelligence conduisant au développement technologique. C'est l'étape à laquelle l'humanité se trouve en ce moment. La suivante serait l'expansion vers les autres étoiles et la colonisation de la galaxie.

La notion de Grand Filtre se trouve soit au niveau de cette dernière étape, soit dans nos étapes passées. Dans le second cas, cela signifierait que l'une ou l'autre de celles-ci sont très improbables et que la Terre est un modèle rare, voire unique, dans la galaxie. Dans le premier cas, cela pourrait vouloir dire que quelque chose (mais quoi?) va tôt ou tard s'avérer être un obstacle insurmontable à l'expansion galactique. En d'autres termes, si nous n'avons jamais observé le moindre signe de l'existence d'une vie extraterrestre, c'est peut-être parce que quelque chose bloque dans le processus aboutissant au voyage dans l'espace. Il va sans dire que la découverte d'un signal émanant d'une quelconque civilisation extraterrestre viendrait infirmer avec effet immédiat le paradoxe de Fermi.

19:09 Publié dans Astrophysique, Sciences | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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