04/12/2014

"Une femme douce", une violence étrangement calme

douce.jpgUne femme, un homme. Ils sont dans un musée, devant le squelette de ce qui ressemble à un gros cétacé. La femme a un manteau chiffonné, visiblement enfilé à la hâte, et les mains dans les poches. L'homme revêt un costume cravate (à moins qu'il s'agisse d'une écharpe) pas très bien coupé et mal porté. Ni l'un ni l'autre ne paraissent à l'aise dans leurs vêtements. Leurs regards sont également éteints. Particulièrement celui de la femme, qui semble ne regarder nulle part, sinon à l'intérieur d'elle-même. Pire, son visage ne reflète aucune expression. Il est vide.

Symptomatique de la démarche de Bresson, ce plan d'Une femme douce montre son travail avec (sur) les acteurs, qui ne doivent pas jouer mais au contraire se débarrasser de toute leur expressivité, de toutes leurs intentions. La présence du squelette indique une occurrence de la mort, omniprésente dans le film, lequel s'ouvre sur le suicide de la jeune femme (Dominique Sanda), avant de se dérouler comme un flash-back orienté par la narration.

Tiré d'une nouvelle de Dostoïevski (La Douce), Une femme douce est aussi un film qui démasque et démonte certains rituels socio-culturels. L'héroïne n'aime pas cet homme qui lui déclare sa flamme, et sa soumission silencieuse lui fait obstacle avec une violence étrangement calme. D'un échange de bagues scellant de possibles fiançailles dans ce plan remarquable de rigueur

douce2.jpgà ce regard volé à l'orée d'un parc lors d'une ballade comme la font généralement les amoureux,

douce3.jpgUne femme douce refuse la psychologie et les explications. Ce film montre de manière implacable la solitude absolue et définitive de l'âme humaine. C'est aussi une oeuvre de premières fois: premier film en couleurs pour Bresson (nous sommes en 1969), premier rôle à l'écran de Dominique Sanda. Il s'agit encore d'un des métrages les plus rares du cinéaste.

Une femme douce sera projeté le samedi 6 décembre à 17 heures 30 au Cinéma Spoutnik dans le cadre du cycle "Lumière noire Robert Bresson".

21:49 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

@Monsieur Gavillet votre article fait penser à notre génération femmes douces ,soumises mais qui face aux dangers savaient se révolter et réagir pour soutenir leur mari
Comme des couples que tout semblait séparer mais qui faisaient front pour subvenir au bien être de leurs enfants
Ce qui de nos jours semble encore affecter le raisonnement de nombreux psychanalystes ou logues car le couple c'est comme chaque génération ou chaque humain tous ne réagissent pas de la même manière devant les difficultés de la vie
très belle journée pour Vous

Écrit par : lovsmeralda | 05/12/2014

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