14/01/2015

"Whiplash", le jazz et la fureur

whiplash3.jpgL'un hurle, l'autre a l'air impassible. Le point (de la caméra) est fait sur le premier, pas sur le second. Mais l'écriture à l'oeuvre dans cette image ne saurait tromper. Et la vérité n'est en l'occurrence pas du côté du dominant. Les rapports de force entre ses deux héros sont au coeur de Whiplash, premier long-métrage du jeune Damien Chazelle, qui s'est inspiré de son vécu pour raconter son histoire. Un maître, un élève. Miles Teller vs. J.K. Simmons devant la caméra, côté casting. L'un confirmé, l'autre prometteur. Tous deux brillants en musique. Sauf que les méthodes extrêmes - violences, cruautés, humiliations - du premier sont inversement propices à toute possibilité d'épanouissement. C'est un homme qui broie ses éléments les plus prometteurs, précisément parce qu'ils sont doués, du moins peut-on le supposer au vu du film. C'est un homme qui les déséquilibre et les pousse dans leurs derniers retranchements.

C'est juste un homme, enfin, qui a du pouvoir - ou un ascendant, si vous préférez - sur d'autres. En dehors du contexte du récit, c'est bien de cela dont il faut se souvenir: que le pouvoir, tout illusoire qu'il soit, car il ne dure jamais, rend les hommes fous. Car de quoi parle Whiplash sinon de pure folie? De musique, de jazz bien sûr, de mélomanie et d'apprentissage. Mais pas que. La fureur et la démence, la manipulation et la vengeance, en sont les véritables constituants. D'où notre désarroi et notre fascination. On a dit de ce film qu'il était l'un des plus forts de 2014. On ne s'était pas trompés.

whiplash4.jpgWhiplash est actuellement à l'affiche en salles.

21:44 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2014 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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