16/01/2015

Dans "Hill of Freedom", cet art de l'immanence

hill.jpgUn décor ordinaire. Tea-room, café ou cafétéria, peu importe. Deux tables, une banquette. Deux clients, une serveuse. Les deux hommes la regardent. Celle-ci, plateau serré contre elle, grand sourire aux lèvres, parle avec l'homme qui se trouve le plus près de nous. Il tient un livre à la main, signe qu'il a peut-être été perturbé dans se lecture. Le deuxième homme les observe et les écoute. Il n'a pas de statut actif dans cette image. En tout cas moins que ses deux partenaires. Au fond de l'établissement, différents objets sont visibles. Des sodas, des sandwiches, une tête de Mickey et ce qui ressemble à un vieux transistor. Mais en dehors de sa spécificité fonctionnelle, la scène ne révèle aucune relation particulière entre les personnages. Elle a l'air banale. Et pourtant, on sent (pressent) que quelque choses s'y joue. Mais quoi?

Des histoires simples, des personnages qui se rencontrent, se revoient, s'aiment ou se parlent, il n'y a finalement que ça dans le cinéma du Coréen Hong Sangsoo. Dans sa manière de mettre en place ses histoires, il a quelque chose d'un Rohmer. Quelque chose de futile, également. Il n'est pas un cinéaste du sujet, de la réflexion ou de l'analyse. Ancrés dans le présent, ses films ne cherchent pas à délivrer de visions sociales ni à changer le monde. Ils se cantonnent dans une sorte d'immanence souvent séduisante, parfois entêtante, rarement fabriquée. La musicalité de leurs plans, souvent très parlants (voir la seconde image, sous ce billet), se suffit à elle-même. Elles disent l'art du conteur, la richesse de l'observateur, la justesse des choses et des êtres qui les traversent. Son cinéma oppose la simplicité du monde à une forme de beauté qui se refuserait à toute esthétique. Avec parfois des pointes d'émotion. Ces images sont tirées de son dernier film, Hill of Freedom, que vous pourrez découvrir ces jours au Festival Black Movie.

Hill of Freedom de Hong Sangsoo est programmé au Festival Black Movie (du 16 au 25 janvier).

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22:01 Publié dans Cinéma, Mostra de Venise 2014 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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