27/01/2015

"Foxcatcher", une mise en scène exemplaire

foxcatcher-zoom.jpgSalle de gymnastique, local d'entraînement sportif. Cette photo ne fait pas mystère du lieu où se déroule la scène. Hormis les deux personnages au centre, on aperçoit en arrière-plan d'autres hommes en train de s'entraîner. Plus rare, le titre du film (Foxcatcher) apparaît à l'image, sur le maillot du second homme, au-dessus du mot "wrestling", qui signifie lutte, ce qui évidemment permet de situer encore davantage la fonctionnalité du lieu. L'éclairage est entièrement artificiel et provient du plafond, comme on peut le voir distinctement. A certains endroits, cet éclairage paraît même aveuglant. Il souligne en tout cas l'aspect jaunâtre de l'ensemble, couleur du reste répétée sur le tapis qui est au sol. De par leur attitude, les personnages suggèrent leur rôle. Celui de coach, d'entraîneur, et d'entraîné. Même si le second homme est plus grand que le premier, on saisit immédiatement qui domine ici. La direction des regards - surtout chez le second - indique une attitude qui s'apparente à de la soumission. Pourtant, ce plan n'a rien de clinquant. Ni même d'extrêmement séduisant, il faut bien le dire. Et c'est on ne peut plus logique.

A l'instar de cette image, Foxcatcher n'est pas un film aimable. Pas aimable dans le sens où il n'est pas facile de l'aimer, de l'apprécier, et pour certains de le comprendre. Histoire de manipulation et de folie dans laquelle l'obsession paranoïaque d'un homme, proche du délire, va détruire plusieurs vies, Foxcatcher, par son refus subtil de la psychologie, est tout le contraire d'une oeuvre analytique. L'action y précède la raison, voire la domine, et c'est précisément pour cela qu'il est si malaisé de s'y accrocher, et éventuellement de s'y projeter (si tant est qu'on en ait besoin). C'est par sa seule mise en scène que Bennett Miller impose cette distanciation, cette mise à plat dramaturgique évacuant aussi bien l'affect que le pathos. Le même récit (tiré de faits réels, mais peu importe), chez un autre réalisateur, aurait probablement débouché sur un film aux effets dramatiques soulignés, à la narration emphatique, voire démagogique, histoire d'attirer le spectateur dans ses rets. Il n'y a aucune de ces concessions dans Foxcatcher. J'ai parfois lu que le Prix de la mise en scène que le film a reçu à Cannes n'était pas mérité. Il était au contraire le plus justifié de tout le palmarès. 

Foxcatcher est actuellement à l'affiche en salles.

20:33 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2014 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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