08/02/2015

Berlinale 2015, Malick au-dessus de la mêlée

Berlinale 2015 - quatrième jour - 8 février

Mr. Holmes, de Bill Condon (Grande-Bretagne, 2014) - Compétition

holmes.jpgIan McKellen. Une légende du cinéma anglais dans la peau d'une autre figure de légende, purement fictionnelle celle-là, à savoir Sherlock Holmes. Nous sommes en 1947, en Grande-Bretagne, et le détective créé par Conan Doyle est aujourd'hui vieillissant. 93 ans. Il se passionne pour les abeilles, vit dans le Sussex, dans une petite maison où on s'occupe de lui, et découvre qu'il a même inspiré des réalisateurs qui ont tourné des films d'après ses exploits. Réflexion sur l'âge et la mémoire, le Mr. Holmes de Bill Condon ne décolle jamais tout à fait. Souvenirs et flash-back tronqués se télescopent ici avec un présent peu mouvementé, mais malgré tout assez dense sur le plan émotionnel. La relation que Holmes entretient avec un jeune enfant offre les meilleures scènes du film. L'ensemble demeure pourtant léger pour la compétition berlinoise.

Knight of Cups, de Terrence Malick (Etats-Unis, 2014) - Compétition

knight.2.pngPour "raconter" le septième film de Malick, j'ai choisi cette image. Celle d'un bébé rampant sur la terrasse d'un appartement, comme s'il voulait fuir son intérieur pour partir à la conquête du monde extérieur. Entre méditation et philosophie, quête de soi et d'idéal, bilan de vie et souvenirs enfouis, Knight of Cups se centre sur un homme (Christian Bale) confronté au magma composite formant les différentes strates de sa conscience et de sa vie. La beauté du film est certes sidérante, et le montage surprenant à plus d'un titre, Malick coupant la plupart de ses plans "in medias res", comme s'il s'agissait de couper court à toute tentative d'interprétation, d'inclusion psychologique, de tentation métaphorique ou d'analogie parabolique. Le film réinvente ainsi perpétuellement l'espace qu'il décrit et les caractères qu'il met en scène. La volonté d'abstraction est palpable, plus encore que dans les précédents Tree of Life et To the Wonder. Mais sous cette séduisante surface esthétique, et cela malgré un parti-pris narratif à contre-courant de tout ce qui se fait et se défait à Hollywood, Malick n'évite pas totalement le procédé ainsi que certains tics. Ses comédiens (on citera encore Natalie Portman et Cate Blanchett) y sont des éléments comme les autres, plongés dans un monde qui ne ressemble qu'à lui-même et qui offre en miroir un autoportrait probable du cinéaste. Quant à la probabilité que le film figure au palmarès de la 65e Berlinale, elle est très forte, tant le film affirme une suprématie formelle bien au-dessus de la plupart de ses concurrents. Mais attendons un peu avant d'émettre quelques pronostics.

El Boton de nacar, de Patricio Guzman (France/Chili/Espagne, 2015) - Compétition

boton-de-nacar-de-Patricio-Guzman.jpgUnique documentaire de la compétition berlinoise, El Boton de nacar, au-delà d'images splendides paraissant surgir de livres de photos (voir ci-dessus), prolonge en quelque sorte le magnifique Nostalgie de la lumière que Guzman avait réalisé en 2010. Le propos est large, englobant aussi bien l'astrophysique que la politique. Cette largeur est le défaut du film. On passe en effet de considérations gratuites sur les comètes (l'hypothèse que l'eau terrestre proviennent d'elles devient ici une pure affirmation) aux injustices subies par les peuples de Patagonie. Ces raccourcis ne font pas sens, et le film échoue à donner une vision unitaire de ce qu'il raconte, s'égarant le plus souvent sur des chemins de traverse. Du coup, ses enjeux peinent à se dessiner, et les occurrences de plusieurs témoignages face caméra (platement filmés) détournent même son propos initial. Décevant.

18:55 Publié dans Cinéma, Festival de Berlin 2015 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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