11/02/2015

Berlinale 2015, quand le grotesque le dispute au kitsch

Berlinale 2015 - septième jour - 11 février

Aferim!, de Radu Jude (Roumanie/Bulgarie/République tchèque, 2015) - Compétition

aferim.jpgAvec sa profondeur de champ, son noir et blanc piqué et la mise en scène qui le sous-tend, ce plan a une certaine allure. Ce film conte l'odyssée d'un gendarme et de son fils dans l'Europe de l'Est de 1835 sur les traces d'un esclave gitan en fuite. Mais ce voyage n'a rien de méditatif. L'hystérie pratiquement constante de tous les personnages a rapidement raison de notre patience. Reste un certain souffle dans la reconstitution, des séquences qui pourraient lorgner vers Angelopoulos si elles avaient davantage de tenue, et un sens esthétique plutôt plaisant. Mais encore insuffisant pour sortir du lot.

Eisenstein in Guanajuato, de Peter Greenaway (Pays-Bas/Mexique/Finlande/Belgique, 2015) - Compétition

eisenstein-in-guanajuato-5.jpgVoici le comédien Elmer Bäck dans le rôle du plus célèbre cinéaste russe de l'histoire du cinéma. A ses côtés, Luis Alberti dans le rôle de son guide et amant mexicain. Crédible? Disons que ce n'est pas exactement le mot. Greenaway a son point de vue sur Eisenstein. Dans Eisenstein in Guanajuato, il en fait un personnage outré et exubérant, prenant la pose à tout bout de champ sans jamais parler de cinéma, ou si peu. Le portrait est déformé. Jusqu'à en devenir grotesque. Même si la subjectivité dicte en somme la liberté artistique, difficile de donner du crédit à Greenaway sur ce coup-là. Les meilleurs moments de son film sont encore ceux qui utilisent des extraits des films d'Eisenstein (mais pas seulement) dans une sorte de split-screen amélioré tout à fait symptomatique de la geste greenawayenne. Le reste n'est que décorum, et ce qu'on apprend du séjour au Mexique du réalisateur russe, où il s'était rendu en 1931 pour tourner Que viva Mexico, se résume à quelques anecdotes et autant d'approximations. Le pire, c'est que des rumeurs d'Ours d'or courent déjà à propos de ce film. Malheureusement crédibles, cette fois.

Yi bu zhi yao (Gone with the Bullets), de Jiang Wen (Chine, 2014) - Compétition

gone-with-the-bullets-1.jpgNe pas trop se fier aux apparences. Ce plan somptueux, situé au tout début du film, promet une comédie musicale colorée et délirante. Mais au bout de cinq minutes, la messe est dite. Chansons mal synchronisées, comédiens au jeu approximatif, absence de point de vue et de rigueur, et humour lourdingue qui tombe à plat. Ce film ressemble très vite à la parodie d'un long-métrage musical kitsch des années 50. Jiang Wen avait pourtant signé auparavant quelques films formidables, dont un drame se déroulant pendant le conflit sino-japonais début 1945, Les Démons à ma porte (2000), d'ailleurs sélectionné et primé à Cannes cette année-là. Où est passé le cinéaste? Pas dans cette panouille, en tout cas. Le moins bon film à ce jour de la compétition berlinoise 2015.

23:58 Publié dans Cinéma, Festival de Berlin 2015 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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