12/02/2015

Berlinale 2015, un héros oublié, un premier film enthousiasmant et un Olmi sublime

Berlinale 2015 - huitième jour - 12 février

Elser (13 minutes), d'Oliver Hirschbiegel (Allemagne, 2015) - Hors compétition

elser2.jpgUn homme vient d'être tabassé ou soumis à la torture. Devant lui, deux officiers (nazis) lui montrent une feuille, lui demandant (probablement) de la signer. Au fond de la pièce, une femme tape un rapport sur sa machine à écrire. Le nouveau film d'Oliver Hirschbiegel (qui avait signé La Chute en 2004, sur les derniers jours d'Hitler) raconte la destinée de Georg Elser, l'homme qui tenta d'assassiner Hitler le 8 novembre 1939. L'ouvrage est soigné, la reconstitution habile, la mise en scène tenue et le montage plutôt dynamique. Hirschbiegel connaît son métier, ce qu'on savait déjà. Ravivant un épisode peu connu de l'histoire contemporaine allemande, il dresse un mémorial à un héros de guerre parfois surnommé "Little George". Preuve que beaucoup de grands hommes sont petits.

Vergine giurata, de Laura Bispuri (Italie/Suisse/Allemagne/Albanie/Kosovo, 2015) - Compétition

vergine.jpgAlba Rohrwacher (ci-dessus) est de ces comédiennes qui crèvent l'écran sans se prendre pour ce qu'elles ne sont pas. Dans ce premier film, elle joue une femme aux allures d'homme et qui se fera passer pour tel au prix de la liberté dans une Albanie sauvage, conservatrice et rugueuse. Un naturalisme bien maîtrisé pour ce premier film qui fait par instants penser aux oeuvres de jeunesse des frères Taviani. Le film est âpre, il colle à la poussière, à la terre et à ses personnages avec une ferveur qui emporte l'adhésion. Parmi ses coproducteurs, on retrouve un Suisse, Dan Wechsler, via sa société genevoise Bord Cadre Films, qui vient de fêter ses dix ans. Saluons ici son opiniâtreté et sa constance à produire un cinéma d'auteur exigeant et d'une certaine manière radical. Pas exclu qu'on retrouve Vergine giurata au palmarès de Berlin.

Torneranno i prati, d'Ermanno Olmi (Italie, 2014) - Berlinale spécial, hors-compétition

prati.jpgDes soldats en gros plan. La première guerre mondiale, les tranchées. Le froid, la neige. La peur, la témérité. Les attaques, l'ennemi invisible, le temps qui ne s'écoule pas. Le silence, la mort. L'espoir, peut-être. Torneranno i prati est une élégie pour ces hommes tapis au fond d'un trou. Mais sans accents de lyrisme. Avec juste ce talent d'observateur, discret, lui aussi tapi dans l'ombre, qu'Olmi (le plus grand cinéaste italien encore en activité) revendique sans se prendre pour un poète maudit. Pas d'idéologie, pas de croyance, dans son film. Juste un témoignage à hauteur des visages, ces visages coupés du monde derrière l'huis de leurs retraites improvisées. Sépulcral et sublime.

23:27 Publié dans Cinéma, Festival de Berlin 2015 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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