16/02/2015

"Le Couteau dans l'eau", soleil trompeur

couteau.jpgDeux hommes sur un ponton, sur un bateau ou au bord de la mer. Ils se livrent au jeu du couteau. Le plus âgé fixe le plus jeune, qui est concentré sur la main de l'autre, sans doute pour ne pas le blesser. Dans le ciel, quelques nuages s'amoncellent et on aperçoit la terre au loin - vraisemblablement le continent, et non une île - toute proche. La mer est calme, signe qu'il n'y a pas de vent. Les deux hommes sont en maillot, signe qu'il fait chaud. Les ombres sont très près de leurs corps, signe que le soleil est pratiquement au zénith. Ce pourrait être une image de vacances, rassurante et quiète. Et pourtant, ce plan est bizarrement inquiétant. Donnant le sentiment que quelque chose de grave se joue, impression renforcée par la mine fermée sur le visage de l'homme âgé.

Premier long-métrage de Roman Polanski, Le Couteau dans l'eau (1962) est fondateur dans la filmographie du cinéaste franco-polonais. Variation autour d'une relation triangulaire, il y est question d'adultère, de mort, de différences sociales. Mais surtout de vérités et de mensonges. Comme souvent chez le réalisateur, le décor est un trompe-l'oeil derrière lequel se cache une autre réalité. Le minimalisme du projet - décor presque unique, trois personnages à l'écran et une sorte de nudité à l'oeuvre, aussi bien dans les corps qu'autour d'eux - permet à Polanski de combiner sa fascination pour l'abstraction mentale à un réalisme basique bêtement suggéré par la nature.

Mais ce que décrit le film pourrait-il se dérouler en ville, dans des intérieurs d'appartement? Non. Car dans Le Couteau dans l'eau, presque huis-clos aquatique (une partie du film se déroule à terre), l'homme ne peut pas fuir, sinon au péril de sa vie en risquant la noyade. Cette contrainte-là, véritable instance dramaturgique, change donc considérablement et même entièrement la donne. Elle détermine aussi bien la mise en scène que le scénario (coécrit par Jerzy Skolimowski et Jakub Goldberg). Dès son film suivant, Répulsion (1965), Polanski traitera notamment à nouveau, mais très différemment, du thème de la claustration. Quant à l'élément aquatique et l'un de ses corollaires, la navigation, le cinéaste les retrouvera dans Pirates (1986).

Le Couteau dans l'eau (Noz w wodzie) passe actuellement aux cinémas du Grütli, dans le cadre du cycle Roman Polanski.

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