17/02/2015

"Rosemary's Baby", la peur embryonnaire

rosemary2.jpgQu'est-ce qui provoque un tel effroi sur le visage de Mia Farrow? A moins d'avoir vu ou de connaître le film, de nombreuses explications ou hypothèses sont envisageables. Elles reposent toutes sur un même principe: celui du hors-champ. Dans la grammaire cinématographique, et en particulier dans le cinéma fantastique ou d'horreur, c'est souvent par le hors-champ que transitent les émotions. Suggérer plus que montrer, en quelque sorte. Effet garanti. Ici, l'image attise forcément notre curiosité et donne envie d'en savoir plus, donc de voir le film. Ce plan contient peu d'autres éléments susceptibles de fournir quelque explication. L'intérieur a l'air bourgeois, comme semblent l'indiquer les pesants rideaux devant la fenêtre, laquelle ne laisse rien transparaître de l'extérieur. Mia Farrow est vêtue d'une chemise de nuit - en réalité d'un vêtement pour parturiente. Et elle porte une alliance, très visible, à son annulaire.

Sorti en 1968, Rosemary's Baby marque un tournant dans la carrière de Polanski. Cinquième long-métrage du cinéaste, il est aussi le premier totalement américain de par sa production. Le casting inclut des noms connus, mais aucune star pour l'époque. Mia Farrow commence à se faire un nom, notamment grâce à la série TV Peyton Place, et John Cassavetes n'a pas encore l'aura de cinéaste dont il jouira plus tard. Il est à ce moment-là un comédien extrêmement prolifique. Tous deux y forment un couple plutôt modeste, ce qui contraste avec l'intérieur petit-bourgeois qu'on devine sur l'image ci-dessus. Ils n'ont pas véritablement d'ambition, même si lui aimerait percer dans le show-business. Quant à elle, elle souhaiterait rapidement avoir un bébé. Souhait qui va se réaliser suite à un cauchemar. Une nuit, Rosemary rêve qu'elle se fait posséder par le diable. C'est le début d'une série d'hallucinations et d'un voyage au bout de l'horreur.

S'il est récurrent dans le cinéma fantastique, le thème de la possession diabolique était alors plutôt l'apanage de productions fauchées. Rosemary's Baby est au contraire un film au budget relativement confortable. Ce qui va évidemment renforcer la peur qu'il engendre et crédibiliser les actions qui s'y déroulent. La peur et l'horreur y naissent de l'allusion plus que de la démonstration, mais le film traite quand même de certains thèmes tabous, que l'image ci-dessous, tirée de la même séquence, vous permettra de cerner davantage. Un landeau, un couteau (instrument qui décidément fascine Polanski, lire à ce sujet mon précédent billet sur Le Couteau dans l'eau), une Mia Farrow cette fois atone et inquiétante, comme hypnotisée. Et toujours cet hors-champ piétinant aux portes de l'enfer.

Rosemarys-Baby.jpgRosemary's Baby passe ces jours aux cinémas du Grütli, dans le cadre du cycle Roman Polanski.

21:51 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Le meilleur film de Polanski, même si son cynisme final est un peu grotesque, à la rigueur l'Exorciste est un meilleur film.

Écrit par : Rémi Mogenet | 18/02/2015

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