20/02/2015

"Sade": le Marquis et ses muses

sade.pngDaniel Auteuil regarde intensément Isild Le Besco qui, elle, ne le regarde absolument pas, préférant fixer un point hors-champ devant elle et lui tournant même le dos. Mais en même temps, elle baisse les yeux, signe d'une possible soumission à ce que cet homme est en train de lui dire. Le point est fait sur lui et non sur elle alors qu'il se trouve au second plan par rapport à l'objectif de la caméra. Il s'agit là d'un choix esthétique qui correspond à des exigences de mise en scène. Le héros du film, c'est en effet Auteuil, dans le rôle du Marquis de Sade et surtout dans un film de Benoît Jacquot finalement peu vu et peu montré depuis sa sortie en 2000. Isild Le Besco, qui deviendra dès ce film une sorte de muse pour Jacquot, y tient un plus petit emploi et était même presque aux débuts de sa carrière. Le film a connu un succès (ou un échec, c'est selon) relatif sans doute parce qu'il ne correspondait pas à l'idée que le public se faisait de Sade, souvent associé à un personnage pervers, subversif et animé de pulsions sexuelles destructrices.

Le récit se situe à une période charnière de la vie de l'écrivain, lors de son séjour dans une clinique, pendant la Terreur, de 1794 à la chute de Robespierre, chute qui le sauvera de l'échafaud alors qu'il avait été condamné à la guillotine par Fouquier-Tinville. Le Sade de Jacquot se situe dans la veine historique du réalisateur, et la reconstitution, la justesse, la précision intéressent ici autant le cinéaste que les rapports troubles que ses personnages entretiennent entre eux, Sade en tête. La multiplication des gros plans et des cadrages serrés autour des acteurs crée pourtant une harmonie intime qui vient briser ce strict contexte historique, dans un mouvement qui procède finalement à l'inverse de ce que filmera Jacquot dans l'éblouissant Les Adieux à la Reine en 2012. Auteuil domine clairement le film, entouré d'un aréopage de comédiennes formidables et modernes, telles Marianne Denicourt, Sylvie Testud et Jeanne Balibar. Voilà un métrage qui ne demande qu'à être réévalué.

Sade passe en ce moment aux Cinémas du Grütli, dans le cadre du cycle "Sade et le cinéma".

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