21/02/2015

"The Day of the Locust", la destruction d'Hollywood

Capture d’écran 2015-02-21 à 19.55.35.pngC'était une époque où il fallait faire la queue durant des heures pour découvrir un film. Ce n'était ni mieux ni moins bien. Juste différent. Mais qu'est-ce qui distingue une file d'attente d'une autre? Pas grand-chose sinon de petits détails. Ici, tous les personnages ont l'air plutôt âgés, la plupart des femmes ont des couvre-chefs, et Karen Black, qu'on reconnaît au centre - énorme vedette dans les années 70, on construisait même des films sur son nom, elle est bien oubliée aujourd'hui, et son décès en été 2013 a été annoncé dans une sorte d'indifférence générale -, tient un cornet à glace dans la main. A côté d'elle, un quidam semble lorgner la friandise. Tous ces gens sont également parqués et encerclés par un gros cordon rouge. Ils pourraient du reste attendre n'importe quel spectacle, et pas forcément un film.

Sorti en 1975, The Day of the Locust (Le Jour du fléau) se déroule en 1939. Il parle de cinéma, d'arrivisme, de l'aspiration au succès, du désespoir et du déclin qui peuvent s'ensuivre, des rapports entre réalité et fiction - l'une des séquences a vraisemblablement inspiré le Woody Allen de La Rose pourpre du Caire -, et indirectement de la destruction d'Hollywood. John Schlesinger, adaptant un roman de Nathanael West, y écorne le mythe sévèrement et à grands renforts de moyens. Car The Day of the Locust est un film très cher. Son échec à l'époque en fut d'autant plus cinglant. Oeuvre maudite toujours pas réhabilitée, critique virulente, voire violente, d'un monde du cinéma nombriliste et inhumain qui ne paraît plus avoir prise avec la réalité, galerie de personnages tous plus malfaisants les uns que les autres, le film offre il est vrai peu d'aspérités auxquelles se raccrocher. Les apparences y éclatent dans toutes les directions, le chaos se mue en débandade, la folie se transforme en lynchage collectif. L'un des films les plus importants de Schlesinger.

The Day of the Locust sera projeté le lundi 23 février à 20 heures à l'Auditorium Arditi dans le cadre du cycle Visions d'Hollywood du Ciné-club universitaire.

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Commentaires

Merci beaucoup de cet article si riche d'informations.

Oui, s'il y a un film où le mélange entre réalité et fiction triomphe, c'est bien "La Rose pourpre du Caire" lorsque le personnage sort de l'écran.

Inoubliable et marquant.

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 22/02/2015

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