08/04/2015

Edward Snowden, une mythologie en devenir

snowden.jpgIl ajuste ses lunettes, esquisse un sourire à demi perceptible, fixe son interlocuteur en légère plongée. Nous sommes dans une pièce, et il n'est pas seul, comme l'atteste la silhouette aperçue de dos dans la profondeur de champ, qui pourrait d'ailleurs en fait très bien être son propre reflet, sauf qu'aucun miroir n'est visible. L'homme à l'air jeune, la trentaine, un peu moins, il fait sérieux, peut-être étudiant, ou fraîchement diplômé. Il a un certain charisme, mais n'en joue pas, et son air naturel, timide on ne sait trop, lui confère une sorte de neutralité attachante. A cet instant t du film, Edward Snowden n'a pas encore rendu publiques les informations top-secrètes de la NSA (National Security Agency) concernant la captation de métadonnées d'appels téléphoniques aux USA, ainsi que les systèmes d'écoute effectués sur le Net par différents programmes de surveillance dont vous trouverez le détail en un clic sur google, mais le processus est en marche. Dans quelques heures (ou jours), tout le monde en aura connaissance, partout et instantanément.

En attendant ce moment qui fera basculer sa vie, Snowden parle à un journaliste, Glenn Greenwald, et se confie à la caméra de Laura Poitras, enfermé dans la chambre d'un hôtel de luxe de Hong Kong. Ses entretiens, tout comme leur genèse (prise de contact, premier rendez-vous, etc) et leurs conséquences (inculpation par le gouvernement américain, asile en Russie, là où il vit en ce moment), forment la matrice de Citizenfour, Oscar du meilleur film documentaire de l'année. Le film a clairement un rôle actif par rapport au déroulé (historique) des faits, et on pourrait presque affirmer (mais ce serait faux) qu'il anticipe le réel. Cette démarche participative fonctionne comme un thriller remarquablement huilé, intégrant même les "accidents" survenant sur ce chemin vers la vérité, le seul credo de Snowden - et c'est sans doute pour cela qu'il paraît (que le film le montre) si sympathique, voire si proche. D'apparence ordinaire, extraordinaire dans son action. L'informaticien lambda devient une sorte de héros de l'ordre mondial, forgeant une mythologie en devenir, même s'il est encore trop tôt pour citer Roland Barthes.

snowden2.jpgCitzenfour est actuellement à l'affiche en salles.

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Commentaires

Edward Snowden, une mythologie en devenir, dieu-aidant sans costume-cravate évoque Robert Silverberg, Les déportés du cambrien opposants au régime exilés par une machine un million d'années avant notre ère.

Autres œuvres de Silverberg non étrangères, fût-ce par leurs titres, à Edward Snowden::

L'HOMME DANS LE LABYRINTHE
FILS DE L'HOMME

L'OREILLE INTERNE

LES CHANTS DE L'ETE

SIGNAUX DU SILENCE


J'AI
LU

Écrit par : Myriam Belakovsky | 09/04/2015

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