13/04/2015

"Adieu au langage", la 3D, Godard et l'hypothèse de Riemann

adieu-au-langage.jpgCouleurs trop belles pour être vraies. Sauf qu'une couleur n'est jamais vraie. Ni fausse. Ni naturelle, si vous préférez. Ou plutôt vraiment naturelle. Car entre ce que filme l'objectif d'une caméra et ce qui en résulte sur un écran, les différences peuvent être énormes. Couleurs trop belles, disais-je. Fleurs, arbres, verdure, sentier, et un chien qui semble fixer un point juste à droite de l'objectif. Que regarde-t-on ici en premier? Le chien qui paraît attendre ou cette fleur mauve rose qui lui fait face? Ou encore l'arbre qui se dégage en arrière-plan, d'une couleur elle aussi proche du mauve? Le regard ne choisit pas, il englobe tout. Ce qu'il ne pourra pas faire durant tout le film. La 3D, ici, est presque prise au pied de la lettre. Dédoublement de l'image, sa recomposition le temps de la projection. Mais pas d'impression de relief dans cet Adieu au langage qu'une seule vision ne suffira pas à épuiser. Juste la cohabitation d'images à peine décalées. Cet "à peine" suffit à perturber nos rétines et à troubler ce confort visuel que tant de métrages formatés cherchent à caresser dans le sens du poil.

Godard et la 3D, donc. Mais aussi Godard sans la 3D, dans une reconquête d'un langage que des mots ne suffisent plus à raconter. Des multiples références de l'affaire - à la peinture, à la grande Histoire, mais aussi à celle du cinéma, qui ne fut pas toujours couleurs, à la musique et à la littérature - le film synthétise ce que chacun voudra bien. Ou pourra capter. Jusqu'aux mathématiques (qui me sont chères, comme le savent les fidèles de mon blog). Vers la fin du métrage. Evocation de l'hypothèse de Riemann (oui, un Allemand) à l'orée d'un champ et métaphore des fleurs qui y surgissent comparées aux zéros de la fonction zêta qui s'aligneraient sur la même bande critique pour écrire la partition impeccable de tous les nombres premiers jusqu'à l'infini. Vous ne comprenez pas? Rien de grave là-dedans. Adieu au langage est un précis d'harmonie. Un film aussi. Juste un film.

Adieu au langage passe en ce moment au Cinéma Spoutnik.

20:45 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2014 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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