14/05/2015

Un "Mad Max" ronflant, un Garrone surprenant et un Kore-eda mineur

mad max.jpgJ'avoue que le Mad Max Fury Road et toute l'attente qu'il génère me passent un peu au-dessus de la tête. Même si le son et les qualités de projection du Grand Auditorium Lumière garantissent un visionnement optimal. Soit deux heures de course-poursuite en mode Fast & Furious dans un monde post-apocalyptique visuellement convenu pour un résultat qui me laisse plutôt indifférent. Je n'ai ni adoré ni détesté. Nicholas Hoult (photo) tire son épingle du jeu. Les autres, dont Tom Hardy, inexistant, grimacent et gesticulent empêtrés dans des costumes dans leur ensemble plutôt laids, et je n'ai vu aucun supplément d'âme ni de touche auteuriste à ce qui reste au final un produit commercial relativement quelconque. George Miller aurait pu y travailler dix ans de plus que cela ne changeait rien à l'affaire. Comme prévu, beaucoup de bruit pour pas grand-chose.

conte.jpgPremière bonne surprise de la compétition, Le Conte des contes de Matteo Garrone se veut une lecture libre de célèbres contes napolitains rédigés par Giambattista Basile au XVIIe siècle. Monstres, sorcières, rois et princesses défilent dans un désordre puissamment organisé, avec quelques moments visuellement surprenants (exemple dans l'image ci-dessus, avec Salma Hayek) qui rappellent indirectement les libertés que prenait jadis Fellini avec tout ce qui a trait au fantasme. Le film possède surtout un côté hypnotique et fascinant (la musique d'Alexandre Desplat y est pour beaucoup) que rien ne semble altérer. Et la manière dont les récits s'enchevêtrent les uns dans les autres et s'imbriquent, parfois sans solution de continuité, crée une harmonie trouble que j'ai trouvé extrêmement subtile. Je n'ai pas trop compris pourquoi certains ont détesté et crié au scandale à propos de la sélection du film en concours, prétextant que c'était du Game of Thrones en moins bien (ça tombe à pic, je déteste Game of Thrones). Après Gomorra et Reality, Matteo Garrone ne démérite pas et continue à imposer sa suprématie dans le cinéma transalpin.

soeur.jpgDe son côté, Hirokazu Kore-eda signe une fois de plus une charmante chronique familiale avec Notre petite soeur, histoire de trois frangines qui découvrent et adoptent leur demi-soeur le jour de l'enterrement de leur père. Tout cela est bien brodé et juste, par instants languissant, moins enthousiasmant que ses précédents opus, à commencer par Tel père, tel fils, primé ici-même il y a deux ans. Les sections parallèles ont également démarré ce matin. A la Quinzaine des Réalisateurs, Philippe Garrel dirige une Clotilde Courau métamorphosée dans L'Ombre des femmes, ombre.jpgtriangle amoureux filmé en gros grain et noir et blanc, dans la lignée de tous ses précédents opus, donc réussi. Je suis inconditionnel de Garrel et le demeure. Et Naomi Kawase opte pour une autre forme de minimalisme avec An, film d'ouverture d'Un certain regard et curieuse fiction construite autour de petits desserts japonais. Moins universel, moins plastiquement splendide que le précédent Still the Water. D'où (sans doute) sa présence cette fois-ci hors-compétition.an.jpg

23:18 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2015 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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