15/05/2015

Un drôle de Grec, l'enfer d'Auschwitz, Woody Allen qui dort et des béliers

the-lobster.jpgA la sortie de la projection de The Lobster, une spectatrice s'exclame: "Voilà un film qui risque de plaire aux frères Coen!" So what! En quoi ce que pense le jury devrait-il infléchir notre jugement? Surtout qu'on ne saura jamais ce qu'en ont pensé les Coen, même s'ils priment le film. Attendu, ce nouveau long-métrage de Yorgos Lanthimos (après Alps, que j'avais vu à Venise mais pas trop aimé) ne déçoit pas. Le futur y est enfin montré sous un visage ne ressemblant à rien de ce à quoi le cinéma nous a habitués. Un hôtel strict et cossu y accueille des célibataires qui ont 45 jours pour trouver l'âme-soeur. En cas d'échec, ils seront transformés en un animal de leur choix. Les règles sont strictes, les cadrages également. Le cynisme est de mise, la vision de Lanthimos fait froid dans le dos. Humour discret, apparition de visages connus (Colin Farrell, Léa Seydoux tous sourcils froncés, John C. Reilly, Ben Wishaw), pour une allégorie pas aussi déjantée que certains le clament ou l'écrivent. Mais si tous les films pouvaient posséder des regards aussi neufs, le cinéma serait peut-être sauvé.

saul.jpgImmersion dans l'enfer d'Auschwitz-Birkenau, Le Fils de Saul est un autre choc (les Coen ont dû aimer, les Coen aiment tout). La caméra ne décolle jamais du visage d'un homme (photo ci-dessus), prisonnier et membre du Sonderkommando, donc obligé d'aider les nazis dans leurs immondes tâches exterminatrices. Coups et hurlements signalent l'enfermement dans une chambre à gaz. Puis Saul découvre un adolescent qui a les traits de son fils. Dès lors, il tente l'impossible pour sauver ce corps et lui donner une sépulture. Tout cela est filmé en gros plan les trois quarts du temps, l'enfer demeurant hors-champ mais surtout véhiculé par une bande-son digne des pires films d'horreur. La radicalité du style de Laszlo Nemes, ancien assistant de Béla Tarr, autrement dit biberonné à rude école, lui permet de trouver le ton juste et l'écriture minimaliste adéquate pour donner corps à un sujet aussi impossible. Seul premier long-métrage de la compétition, film dur et éprouvant, Le Fils de Saul retourne tellement l'estomac qu'il fut ensuite peu commenté dans les dîners.

allen.jpgWoody Allen, de son côté, plafonne. Irrational Man, c'est Joaquin Phoenix, professeur de philosophie éprouvé par la vie (traduisez par: victime d'une déception amoureuse), qui papillonne entre une collègue déçue et une étudiante fraîche et douée. "Une vraie conne!" me murmure à la sortie quelqu'un de Genève dont je tairai le nom. En effet, face à un Joaquin Phoenix honorant son contrat, Emma Stone minaude (ça se voit même sur la photo) comme dans un de ces films pour teenagers décérébrés et anémiques. Le scénario se corse avec l'irruption d'une conversation ouïe par hasard et qui va chambouler l'ennuyeuse vie du prof. Mais tout cela est mineur et sans intérêt (les Coen n'ont pas dû aimer, les Coen n'aiment rien, d'ailleurs les Coen n'ont sauf erreur pas vu le film, grand bien leur fasse).

souvenirs.jpgDans le giron des sections parallèles, le cinéma continue de s'inviter. Arnaud Desplechin, soi-disant recalé de la compétition mais accueilli les bras grands ouverts par l'ami Edouard Waintrop à la Quinzaine des réalisateurs, signe avec Trois souvenirs de jeunesse une manière de prequel à Comment je me suis disputé... (ma vie sexuelle...) Il y prend des libertés de structure (les segments y sont parfaitement inégaux) et de ton qui m'ont séduit, malgré l'approximation du jeu de certains comédiens. Et puis, appâté par les troupeaux de béliers promis par Hrutar de Grimur Hakonarson (cinéaste islandais dont je n'ai rien vu d'autre), dans la section Un certain regard, je n'ai pas été déçu. Deux frères fâchés s'y unissent pour sauver leurs troupeaux menacés dans une suite de séquences très belles et assez lentes. Et de magnifiques béliers sont là dans presque tous les plans. Bonheur!

hrutar.jpg

17:45 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2015 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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