17/05/2015

Cate Blanchett au sommet chez Todd Haynes, Maïwenn au nadir, Amy Winehouse forever

carol1.jpgCate Blanchett danse avec un homme, mais c'est une femme, Rooney Mara, qui occupe toutes ses pensées. Le sujet de Carol, tiré d'un roman de jeunesse de Patricia Highsmith publié sous le pseudonyme de Clare Morgan, c'est la relation taboue, dans le New York huppé et pudibond des années 50, entre deux femmes de rangs sociaux différents. Perfection et justesse sont à l'oeuvre dans ce film de Todd Haynes, jusqu'alors le plus applaudi de toute la compétition. Reconstitution, direction d'acteurs, interprétation, mise en scène, traitement, tout est ici parfaitement à sa place, comme dans un mélo de Douglas Sirk. carol2.jpgElégance et raffinement détournent ainsi ce que le thème du film peut comporter de subversif, du moins pour l'époque dans laquelle il s'inscrit, comme s'il s'agissait aussi de normaliser les choses, de les traiter sur un mode universel, tout en montrant bien comment la société tente d'imposer sa loi dans ce qu'elle juge ou considère comme une déviance. Haynes, sous le vernis et le brillant, se garde bien de délivrer une leçon ou une morale, se contentant de montrer que la passion n'a pas de sexe et peut concerner n'importe qui à n'importe quel moment. Voilà l'un des candidats les plus solides pour le palmarès cannois. Et peut-être un, voire deux, prix d'interprétation féminine pour Cate Blanchett et Rooney Mara.

mon roi.jpgMon roi de Maïwenn ne m'a pas intéressé. Histoire d'une passion destructrice entre Vincent Cassel et Emmanuelle Bercot, ce film est un véhicule pour clichés bobos. On y traverse des appartements de luxe, des boîtes de nuit branchées et des chambres d'hôtel quatre étoiles. On y retrouve la soeur de la cinéaste, Isild Le Besco, le reste de sa famille au générique fin, le YouTuber star Norman Thavaud dans un petit rôle, la chanteuse Dani en figurante. Il ne manque plus que JoeyStarr - mais ouf!, je crois qu'ils sont fâchés. L'héroïne devient amie avec des jeunes de banlieue dans un centre de rééducation (alignement de clichés sur le vivre ensemble) et passe son temps à glousser. Cassel, lui, cabotine. La caricature n'est pas loin. Même pas envie de développer davantage sur ce film.

amy2.jpgPrésenté samedi soir à minuit, le docu sur Amy Winehouse, Amy, qui fait polémique au sein de la famille de la chanteuse disparue, laquelle juge le film trompeur et veut s'en dissocier, vaut pour le choix des documents d'archives retenus. Plus que pour leur montage. En off, le réalisateur Asif Kapadia utilise les témoignages des différents proches de la star. On y redécouvre l'ascension et la chute de la diva, sa boulimie, ses addictions (drogues, alcool, amphétamines), ses histoires d'amour (avec Blake), sa voix unique, la traque dont elle fut victime - des paparazzis campant H24 devant chez elle -, les images d'un de ses derniers concerts ratés à Belgrade, des plans d'un séjour en vacances où tout semblait aller mieux, des amants ravagés par la coke et l'ecsta, et des films d'adolescence inédits. C'est tour à tour édifiant, bouleversant, pathétique et accablant.

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15:22 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2015 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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