25/05/2015

Festival de Cannes : on a échappé au pire !

varda.jpgFinalement, les choses auraient encore pu être pires. Marion Cotillard aurait pu remporter le prix d'interprétation pour Macbeth et venir sangloter façon lady Machin en remerciant Jacques au sixième rang de lui avoir offert un rôle sans jambes il y a trois ans. Michael Fassbender aurait pu décrocher le prix d'interprétation masculine pour la même tambouille (je vous laisse deviner dans quel rôle) et s'embarquer dans un french discours au phrasé parfait, histoire de faire comprendre son statut d'acteur total, lançant au passage quelques oeillades à ces rombières qui le trouvent aussi sexy qu'une pub pour Nescafé. Maïwenn (Le Besco) aurait pu recevoir le Grand Prix du Jury pour Mon roi, et, les yeux mouillés ou pire, débiter un chapelet de lieux communs sur les difficultés de ce cinéma français dont elle s'imagine être désormais l'emblème. Gus Van Sant aurait pu gagner la Palme d'or pour The Sea of Trees, mais tel Terrence Malick dans ses grands moments, aurait envoyé Matthew McConaughey bredouiller pour lui sur la scène du Grand Théâtre Lumière. On aurait sifflé, on se serait indigné, on aurait applaudi. Comme toujours.

Les invités auraient pu gravir les marches de cette soirée de clôture sur du Sardou (J'habite en France, Etre une femme, je continue?), avec Louane Emera dans la salle pour les accueillir en live. Les Asiatiques auraient souri, ils sont toujours polis. Les Français auraient tiré la tronche, en mode 2-0 contre le Danemark au Mondial 2002 (si, si, souvenez-vous, c'était un matin). Laetitia Casta, au moment de remettre un prix, aurait écorché les noms des cinéastes qu'un sadique assistant avait ventilé dans son discours. Ah non, ça on y a eu droit! Avec ensuite en prime un buzz crétin sur la robe Givenchy à franges arborée par l'actrice (furieuse envie de mettre des guillemets, je m'abstiendrai pour cette fois) hier au soir. Franchement, ça intéresse encore quelqu'un? Ce monde est désespérant.

Mad Max Fury Road aurait pu se retrouver en compétition, provoquant des débats sans fin dont je vous fais grâce des intitulés imbéciles. Apichatpong Weerasethakul aurait aussi pu concourir avec Cemetery of Splendour, même si la section Un certain regard semblait lui convenir parfaitement, mais il n'y aurait pas eu de débat et tout le monde aurait trouvé cela normal. Thierry Frémaux aurait pu ajouter à sa sélection française compétitive les opus de Gaspar Noé et Emmanuelle Bercot, faisant monter leur nombre à sept dans la course à la Palme. A ce niveau, je n'ose même pas imaginer la tête des Italiens, qui râlent déjà et crient famine parce que le palmarès ne reflète pas les quotas de la sélection.

Bref, à Cannes, le pire est en fin de compte toujours évité, quoi qu'en pensent certains. Mais la victoire françaiiiiise d'hier soir fut aussi celle d'Agnès Varda recevant sa Palme d'honneur (photo ci-dessus). Le plus beau moment et le seul instant de grâce du palmarès du 68e Festival de Cannes. Un discours sobre, imagé et émouvant, comme un instantané extrait d'un de ses documentaires. Et une leçon de modestie face à cette famille d'ego réunie arbitrairement dans l'attente de leur moment de gloire non cryptée sur Canal +. Vive Cannes, rendez-vous l'année prochaine.

22:13 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2015 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Agnes Varda. Sans argent, elle a fait bouger le cinéma. Il faut parfois quelques êtres à part qui prouvent que tout n'appartient pas désespérément au bling-bling et au luxe. On peut citer un autre parcours étonnant et singulier dans ce casting de stars: l'acteur vedette de Dheepan qui ne devrait pas disparaître si facilement de nos mémoires sélectives: Antonythasan Jesuthasan.

Écrit par : pachakmac | 26/05/2015

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