14/07/2015

"Il est difficile d'être un dieu", de merde et de boue

dieu.jpgL'homme et la boue. Fusion entre le corps et la terre, la fange et les sécrétions. Il est difficile d'être un dieu, ultime film d'Alexeï Guerman, immense cinéaste soviétique décédé en 2013, alors qu'il s'apprêtait à mettre la dernière main à son montage. Film ample et foisonnant - près de treize ans de tournage pour un métrage final d'environ trois heures -, ambitieux et démesuré. Tiré d'un roman des frères Strougatski, ceux-là même qui avaient écrit le Stalker dont Tarkovski s'était inspiré, il se déroule sur une planète semblable à la nôtre, mais à une époque qui pourrait correspondre au haut Moyen-Age. Métaphore et allégorie, ce monde est dominé par la boue et la merde, les crachats, les fumigations, les déjections et l'animalité. Du dégoût naît l'esthétique, de l'horreur la stylisation. Guerman sublime la laideur, comme Gaspar Schott et ces monstres des planches de Physica curiosa au XVIIe siècle. De la mise en scène du déchet et du désordre surgit une vision démiurgique et malade, un essai sur la monstruosité aussi dérangeant que fascinant. Révulsant et magnifique? Oui, les deux peuvent cohabiter.

Il est difficile d'être un dieu passe en ce moment aux cinémas du Grütli.

17:47 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Merci de cet article!

Si je puis me permettre aussi d'ajouter le film documentaire réalisé par notre compatriote suisse installé à Saint-Pétersbourg, Antoine Cattin, qui évoque le tournage du film de Guerman...

http://www.cinemas-du-grutli.ch/films/5774-playback

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 14/07/2015

En voyage en Inde Edmond kaiser approcha des êtres plongés dans une indigence telle que certains corps correspondaient précisément à ce que vous présentez.

Lui, par nature artiste non "humanitaire", en l'occurrence, ne me déclara pas du dégoût voir apprécié l'esthétique ou de l'horreur la stylisation.

Mais il est vrai, n'est-ce pas, que le malheur (pas seulement l'indigence) fait le bonheur...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 15/07/2015

Les commentaires sont fermés.