28/07/2015

Dans "Satyricon", la mise en scène de la décadence humaine

satyricon.jpgLe hiératisme n'exclut pas forcément la démesure. Le cinéma de Fellini en constitue une preuve. Mieux, un manifeste. Adaptant l'inadaptable, il délivre une vision personnelle et au fond assez fidèle du Satyricon de Pétrone, l'un des premiers romans de l'histoire de la littérature, même s'il faut rappeler qu'aucune version complète de l'oeuvre, écrite au Ier siècle après Jésus-Christ, ne nous est parvenue. Sur cette image, on reconnaît Magali Noël et Alain Cuny, respectivement en deuxième et troisième positions. Tissus colorés, maquillages outranciers, coiffes pesantes et bijoux pondéreux se détachent sur un ciel clair, l'azur à peine traversé par quelques nuages. Ce plan suggère la mort, la déchéance, mais aussi la mise en scène d'une humanité revêtue d'oripeaux empruntés aux dieux et aux déesses et sur laquelle plane la mythologie d'un siècle traversé par la décadence et la folie - le texte a été écrit sous Néron, empereur romain à l'ambition démesurée.

Ces six personnages, dont l'un est de dos, ont l'air calmes et posés, mais leur attitude ne dénote aucune psychologie, aucune forme de hiérarchie sociale, même si les trois femmes à l'arrière-plan révèlent une forme de soumission, de pure figuration dans la scène, que seule la vision du film permet de relativiser. Orgies, bacchanales et débauche composent le reste du menu fellinien. Réalisé en 1969, Satyricon n'est pas le plus connu ni le plus estimé des films du maestro, peut-être à cause du parfum de soufre qui peut s'en dégager (et je n'irai pas sur ce terrain-là aujourd'hui), et qui expliquerait sa diffusion plus rare que d'autres titres, du moins sur le petit écran, mais il reste à redécouvrir sans hésitation.

Satyricon passe en ce moment aux Cinémas du Grütli dans le cadre du cycle Magali Noël.

19:56 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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