05/09/2015

Mostra de Venise 2015: un transgenre, des amours interdites et le travail du deuil

danishgirl.jpgL'homme est une femme comme les autres, nous disait Jean-Jacques Zilbermann dans un film de 1998 dont on ne se rappelle guère que le titre. Voici Eddie Redmayne, acteur récemment oscarisé pour sa piètre performance dans Theory of Everything. On le retrouve à la Mostra dans le rôle (tiré de faits réels!) de la première personne transgenre de l'histoire, Einar Wegener (devenue Lili Elbe), artiste danoise connue pour avoir subi une chirurgie de réattribution sexuelle en 1930. L'acteur est moyen, et ses sourires candides pour simuler l'ambiguïté dénotent un registre dramatique limité. The Danish Girl, mis en scène par Tom Hooper, oscarisé pour l'efficace mais quelconque Discours d'un roi en 2011, même s'il évite avec une prudence presque suspecte toute séquence à caractère sexuel, est un film lui aussi anodin et par trop amidonné. Multipliant les scènes répétitives entre le héros et son épouse, il se cantonne à la plus plate illustration et à une sorte de reconstitution frelatée qui n'émeut guère. J'espère qu'il n'obtiendra aucun prix.

Equals.jpgPlus intéressant, sans pour autant être transcendant, Equals de Drake Doremus nous transporte dans un futur déshumanisé - mais est-il si loin du nôtre? - dans lequel les hommes n'ont plus le droit aux émotions, sensations ni autres vibrations de l'âme qui donnent son sel au quotidien. Dans ce paysage robotique, Nicholas Hoult et Kristen Stewart sont mal barrés, puisqu'ils vont tomber amoureux l'un de l'autre. Fidèle à sa réputation, l'actrice de Twilight plombe ses séquences par un jeu atone et soporifique. Pour le reste, l'intrigue fonctionne plus ou moins, même si on aimerait que sa conclusion soit plus radicale et que la vision futuriste proposée soit un peu moins calquée sur THX 1138 de George Lucas et autres classiques du genre. Ne rêvons pas trop.

attesa.jpgLui aussi en compétition, L'Attesa de Piero Messina met en scène Juliette Binoche et Lou de Laâge dans une méditation sur le travail du deuil. Binoche peut y déployer sa technique et surtout ses tics de diva angoissée dans un espace - une grande villa, un domaine - qui aurait pu déclencher une lecture métaphysique de la thématique proposée. Mais n'est pas Antonioni qui veut. Et la rigueur de plans silencieux et bien éclairés ne fait pas tout. Le film se traîne et prend la pose sans qu'un vrai regard n'émarge. Décevant.

23:12 Publié dans Cinéma, Mostra de Venise 2015 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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