06/09/2015

Mostra de Venise 2015: une cour d'assises, des kidnappeurs, et une carte postale de Sicile

hermine.jpgCandidat sérieux à un prix d'interprétation masculine, Fabrice Luchini (ici aux côtés de Side Babett Knudsen) est rarement aussi bon que dans les films de Christian Vincent. Etincelant dans La Discrète, en 1990, ébouriffant dans L'Hermine, présenté aujourd'hui en compétition à la Mostra de Venise, cette fois dans un rôle de président de cours d'assises. Brillant, le film vaut aussi bien pour la présentation radicale, presque documentaire, d'un tribunal de province, avec ses mécanismes, ses rituels, ses entrées et sorties de champ, que pour la stratification qu'il opère vis-à-vis des différentes couches de la société française d'aujourd'hui. Le tout couronné par une histoire d'amour naissante qui n'a pour une fois rien de nunuche. Procédant par longues séquences puis par coups d'accélérateurs, L'Hermine parvient à dire une multitude de choses en un temps record. C'est en même temps drôle et émouvant, profond et superficiel. A l'applaudimètre en séances presse, il bat pour l'instant presque tous les autres concurrents en lice. Ce qui ne prouve évidemment rien.

clan.jpgPresque, car El Clan, de l'Argentin Pablo Trapero, a lui aussi été salué par une salve d'applaudissements. A raison. Tiré de faits réels (encore un), le film raconte les agissements horribles d'un gang de kidnappeurs qui enlevaient des gens pour rançonner leurs proches dans les années 80. Une gloire locale du rugby - en premier sur la photo ci-dessus - était notamment impliquée dans cette sinistre affaire. Trapero raconte tout cela via  une mise en scène où l'efficacité n'exclut pas les rimes internes (exemple dans deux séquences illustrées en bande-son par le tube Sunny Afternoon des Kinks, mais avec des sens différents à l'arrivée). Habilement structuré, le film ne cesse de monter en puissance et dresse in fine un portrait de manipulateur qui fait froid dans le dos. El Clan figurera probablement au palmarès.

splash.jpgCe qui ne devrait pas être le cas de A Bigger Splash de Luca Guadagnino, remake plus qu'approximatif de La Piscine de Jacques Deray. Quatre personnages - je vous laisse les identifier ci-dessus - s'ennuient dans une Sicile de carte postale où ne paraissent circuler que des bobos de la pire espèce. Malgré la splendeur de la photographie, le film bâtit son intrigue sur du vide et sur le rejet qu'on peut éprouver face à tel ou tel personnage. Résultat aussi agaçant que creux, même pas sauvé par des interprètes visiblement peu dirigés, confondant leur tournage avec des vacances. Terriblement mauvais.

22:59 Publié dans Cinéma, Mostra de Venise 2015 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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