12/09/2015

Mostra de Venise 2015: Lion d'or au remarquable et dérangeant "Desde allá"

desde.jpgAffiche inquiétante pour un film qui ne l’est pas moins. Soit la relation étrange et inédite entre un cinquantenaire, Armando, responsable d’un laboratoire de prothèses dentaires, et un jeune voyou de 18 ans, Elder. Le premier aborde de jeunes garçons et leur propose de l’argent en leur demandant de se déshabiller pendant qu’il se masturbe. Rien d’autre. Mais avec Elder, les choses tournent mal. Le jeune homme casse la gueule d’Armando puis le vole. Sauf que ce dernier retourne pourtant le voir et insiste. Et ce qu’il a derrière la tête est pire que tout ce que vous pouvez imaginer. Amoral, par instants dérangeant, complexe et remarquablement tenu, Desde allá permet ainsi au cinéaste vénézuelien Lorenzo Vigas de remporter le Lion d’or de la 72e Mostra de Venise. D’une relative radicalité, le film reste l’un des plus remarqués cette année au Lido. Il procède d’une froideur méticuleuse tout en manipulant des sentiments ambigus et contrastés. L’ultime plan du métrage tombe ainsi comme un couperet, scellant un destin dont l’issue cruelle ne laisse plus place au doute. Desde allá était aussi l’un des rares films de la sélection vénitienne à ne pas se baser sur des faits réels, tendance lourde (trop lourde) de la Mostra 2015, je l’ai déjà dit dans ce blog.

Le Lion d’argent est lui aussi sud-américain, puisqu’il récompense l’Argentin Pablo Trapero pour le formidable El Clan, affaire de kidnappings organisés qui ébranlèrent le pays dans les années 80. Là aussi, on a affaire à un exercice de cruauté et de manipulation conférant un tour malsain à un vaste fait-divers remarquablement rythmé et mis en scène. Le Grand prix du jury récompense le surprenant Anomalisa de Charlie Kaufman et Duke Johnson, histoire d’amour curieuse en animation stop motion, et réflexion lucide sur l’incommunicabilité dans le monde que nous sommes en train de forger. Je me répète, mais là encore, c’est amplement mérité, augurant d’un palmarès parfait, et c’est rarissime dans un festival.

Les prix d’interprétation ne vont pas davantage me contredire, puisque Fabrice Luchini mérite à 1000% sa coupe Volpi de meilleure interprétation masculine pour sa prestation royale en président de cours d’assises dans L’Hermine de Christian Vincent. Qui d’autre que lui aurait pu dérober ce prix ? Franchement, je ne vois pas trop. Valeria Golino décroche l’équivalent du côté des interprètes féminines pour Per amor vostro de Giuseppe M. Gaudino, le seul film du concours que je n’ai pas pu voir cette année. Notons encore que L’Hermine a aussi reçu le prix du meilleur scénario, et c’est d’une justice imparable, tant le film nous scotche à notre fauteuil par la rigueur de son écriture et la qualité de ses dialogues. Enfin, l’excellent jeune comédien Abraham Attah est lui aussi reparti avec le prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir pour le sanglant Beasts of no Nation de Cary Fukunaga. Quant au long-métrage turc d’Emin Alper, Abluka, il a décroché le Prix spécial du Jury. Ce qui clôt une liste pour une fois tout à fait homogène. Le palmarès de la Mostra 2015 ne permet pas de s’énerver ne serait-ce qu’un quart de seconde. Et je m’en réjouis.

Les critiques de tous les films en compétition de la Mostra 2015 sont encore consultables dans les précédents billets de mon blog.

23:04 Publié dans Cinéma, Mostra de Venise 2015 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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