21/09/2015

"Les Mille et une nuits", ce cinéma qui ne ressemble à rien

mille.jpgCertains films se définissent aussi par ce qu'ils ne sont pas. Ou par l'opposé de ce qu'ils prétendent être. Il y en a ainsi qui sont totalement indéfinissables, voire inclassables. Les Mille et une nuits est clairement de ceux-là. Tout comme l'était, dans un registre qui n'a strictement rien à voir, le précédent film de Miguel Gomes, Tabou. Des Mille et une nuits traduites par Galland ou quelques autres, il ne reste stricto sensu rien. Rien sinon le titre, et quelque part la structure, comme l'annonce ce carton, qu'on peut d'ailleurs voir tel quel au début du premier volume de ce triptyque, L'Inquiet. Narratrice et conductrice, Shéhérazade devient un simple fil rouge, un leitmotiv, un prétexte, une fleur douée de parole, en somme. Dans le recueil de contes anonymes, elle raconte des histoires pour échapper à la mort. Dans le film de Gomes, chaque histoire nous confronte à la mort. Le surréalisme côtoie le naturalisme, le merveilleux alterne avec le constat politique. C'est tour à tour jouissif ou lourd, c'est selon. Prétentieux ou léger, peut-être. Mais jamais attendu. Jamais formaté, prévisible, gentillet ou donneur de leçons. Du cinéma libre, sans contraintes, sans diktats ni volontés de remplir des cases. Comme un retour à ce souffle généreux que les subversives années 70 ont emporté avec elles. Comme un pied de nez à cette modernité coincée des années 2010-2015, réacs et chiantes, au fond. Il n'y a pas de quoi délirer en découvrant ces Mille et une nuits - on délire rarement au cinéma, si, peut-être deux ou trois fois dans une vie -, mais assurément de quoi saliver en admirant ce fatal désordre qui subsiste dans toute création, et qui est le reflet de celui qui la met en scène. Esprit tordu, lucide, drolatique, partiellement insaisissable, tel est ce cinéaste portugais qui est apparu dans notre paysage il y a quelques années. Ses films sont les miroirs de son âme.

Les Mille et une nuits - Volume 1 - L'inquiet passe en ce moment aux Cinémas du Grütli. Les deux autres volets suivront dans la foulée.

15:36 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2015 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

Les commentaires sont fermés.