23/09/2015

Une fin de samedi ensoleillée et la mort en direct

techno.jpgC’est l’image d’un corps qui chute. Relayé dans les secondes qui ont suivi sur tous les réseaux sociaux, le film du drame survenu à la fin de la 17e Techno Parade parisienne, samedi 19 septembre, a suscité les commentaires les plus divers, on s’en doute, des hommages émus aux plaisanteries les plus ignobles. Le film lui-même, malheureusement encore visible sur le net, n’est pas regardable et je refuse d'en mettre un lien dans ce billet. Pris avec un téléphone portable (il en existerait même plusieurs, mais peu importe), il montre avec une netteté choquante la mort en direct. Pas de flou ni de pixels envahissants, quelques secondes d’une fin de samedi ensoleillée, un ciel bleu, une ambiance festive, un lieu qu’on (re)connaît tous et qu’on identifie forcément, soit la Statue de Marianne à la Place de la République, un cadrage approximatif accompagné d’aucune réaction visible, sans doute parce que la durée de la chute ne permet pas à celui ou celle qui filme d’accuser le contrecoup de ce qu’il (ou elle) voit. Et un renvoi, conscient ou non, à d’autres chutes mortelles, telles celle de tous ces inconnus qui se jetèrent dans le vide un certain 11 septembre 2001, et dont il existe quelques clichés fugitifs. 

Le malaise qu’on peut ressentir à de semblables représentations de la mort en direct tient au fait qu’il ne s’agit justement pas de représentations. Mais d’une captation hic et nunc d’un instant dont on ignore, du moins pour le drame de la Techno Parade, l’issue fatale. Cette rupture de l’ordre des choses, combinée aux probabilités que celles-ci dérapent – le jeune homme n’était sans doute pas le premier à escalader la Statue de Marianne, mais les risques de chute peuvent se calculer, et toutes les chutes de plus de 20-25 mètres ne sont pas mortelles, sauf que celle-ci le fut -, trouble notre regard et donne la nausée. Il n’en va pas toujours ainsi avec tous les films montrant une mort en direct.

Ainsi du plus célèbre, le film Zapruder, qui, le 22 novembre 1963, allait fixer pour l’éternité l’assassinat de John F. Kennedy à Dallas. Images granuleuses tournées par un passant (Abraham Zapruder) avec une caméra 8 mm, sans son, puis gonflées plus tard en 16 mm et même analysées photogramme par photogramme. L’horreur, ici, s’inscrit dans l’histoire et se confronte au mystère d’un crime dont les zones d’ombre demeurent légion. Les malaises qu’on peut ressentir face au visionnement des deux films ne sont absolument pas identiques. Est-ce parce qu’entre 1963 et 2015, la banalité des films amateurs, et surtout la vitesse à laquelle ils se propagent et peuvent être visionnés, n’est pas du tout la même ? Non, mais cela y participe probablement.

Le jeune homme qui est décédé samedi s’appelait Christopher Victoire. Kriss sur les réseaux sociaux. Il avait 21 ans. Les secours sont arrivés quelques instants après sa chute et n’ont pas réussi à le ranimer. Une marche blanche sera organisée en sa mémoire le samedi 3 octobre à Bayeux, ville dont il était originaire. Sous le choc, sa mère parlait hier mardi 22 septembre d’assassinat. Une page Facebook, Hommage à Kriss, a été créée peu après le drame. Au moment où je termine ce billet, elle compte un peu plus de 3000 membres.

22:57 Publié dans Internet, Rétrospective 2015 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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