02/10/2015

Dans "La Isla minima", l'abstraction qui égare

isla.jpgVue aérienne sur les marais du Guadalquivir. Sinuosités imprécises, entrelacs hasardeux, formant comme un motif abstrait de fractales uniques, capricieuses et indivises. Tel est le lieu du crime. C'est dans ce décor moins aride que déconcertant que deux inspecteurs tentent de trouver l'auteur de crimes particulièrement atroces, dans une Espagne des années 80 encore sous joug franquiste. Thriller ou film politique. La Isla minima d'Alberto Rodriguez est à la croisée des genres, et à l'image de ce que dévoilent ses premiers plans (exemple ci-dessus), aime à nous perdre en chemin, à nous dérouter, aux deux sens du terme, soit déconcerter et faire perdre la trace. Ces deltas labyrinthiques révèlent une sorte de chaos originel. Les marais qui les composent renvoient à ces matières qui s'amassent, s'agrègent, se décomposent. A ces corps qui finissent par ne faire plus qu'un avec la terre qui les emprisonne, mais qui en ressortent toujours. Le film est organique et sudoripare, implacable et sec, tendre et violent. Classique dans sa réalisation, un peu moins dans sa narration. L'oppression explose en plein soleil, le malaise compose avec l'aridité, et le temps paraît s'être figé dans un passé proche sur lequel le présent n'a plus prise. Déroutant, vous dis-je.

La Isla Minima est actuellement à l'affiche en salles.

22:19 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2015 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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