03/10/2015

"Cul-de-sac", la philosophie du chaos

cul-de-sac.jpgDes vinyles, un tapis en fourrure synthétique - ils deviendront très à la mode dans les années 70 -, un tourne-disques et une enceinte, des murs crépis, quelques bibelots et des livres, et Françoise Dorléac au milieu, le regard perdu hors-champ, dans une attitude qui ne laisse place à aucune interprétation, tout au plus à une sorte d'indifférence. Châtelaine isolée dans une demeure en Irlande que les cycles de marée isolent périodiquement, elle fait couple ici avec un individu tout aussi étrange qu'elle, incarné par Donald Pleasence. Ces deux bourgeois isolés vont devoir faire face à des envahisseurs, deux criminels qui n'ont peur de rien et investissent un jour les lieux. Et ce qui paraît débuter comme une sorte de fantaisie noire vire rapidement au jeu de massacre. Il flotte dans Cul-de-sac, troisième long-métrage de Roman Polanski, un parfum d'anarchie et de liberté, une folie sans prise avec le réel, un chaos que la mise en scène tente d'organiser pendant que ses protagonistes lui échappent. Film hybride littéralement à cheval entre plusieurs genres, Cul-de-sac renvoie au théâtre expérimental (Ionesco, Beckett) et aux différentes nouvelles vagues européennes. Si le mouvement est en train de se chercher un second souffle en France - Godard est toujours là, Rivette ne va pas tarder à basculer dans L'Amour fou -, elles émergent dans d'autres pays. En Tchécoslovaquie, Milos Forman a fait sensation l'année précédente avec Les Amours d'une blonde, et Les Petites Marguerites de Vera Chytilova sortira la même année que Cul-de-sac. Quelque chose est en marche, et en 1966, Polanski l'a parfaitement compris.

Cul-de-sac sera projeté le lundi 5 octobre à 20 heures à l'auditorium Arditi dans le cadre du cycle "Antibourgeois" du Ciné-club universitaire.

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