18/10/2015

"Charles mort ou vif", le film qui a changé le cinéma suisse

charles-mort-ou-vif.jpgLire un livre ou un journal, rêvasser sur des fauteuils, se faire du café, ne penser à rien. Instantané d'une époque où l'on aimait encore se foutre de tout et ne se soucier de rien, sinon de sa liberté individuelle, sans devoir forcément rendre des comptes. Tout quitter, sans rien emporter, se fixer n'importe où, au gré du hasard ou des envies, abandonner les contingences, se poser, loin du bruit et des soucis. Il y avait cette idée, lointainement, dans La Maman et la putain de Jean Eustache, en 1973. Quatre ans plus tôt, elle se retrouvait déjà au coeur de Charles mort ou vif, cet Alain Tanner des débuts, sorte de manifeste d'un cinéaste qui vient de fonder le Groupe des 5 avec Michel Soutter, Claude Goretta, Jean-Louis Roy et Jean-Jacques Lagrange et qui n'a pas encore tourné La Salamandre. Encore inconnu mais déjà présent, affirmatif, presque vindicatif, revendiquant une liberté d'écriture comme une envie sous-jacente de tout détruire. Film fondateur, Charles mort ou vif est porté par un François Simon qui débuta, dit-on, chez Marc Allégret en 1936 (mais je n'en ai aucun souvenir dans Razumov, sous les yeux d'Occident, programmé ce soir par un curieux hasard au cinéma de minuit de France 3, seule case horaire dans laquelle le service public daigne montrer classiques et raretés) avant de servir des créateurs exigeants comme Raoul Ruiz, Daniel Schmid ou Patrice Chéreau, François Simon, donc, qui hante le film de Tanner et fait corps avec lui, dans ce qui restera probablement comme le rôle de sa vie. Léopard d'or en 1969 au Festival de Locarno, à l'époque où les médias étaient frileux par rapport à l'événement tessinois, sacré cette année-là aux côtés de trois autres longs-métrages devenus rares, voire invisible pour le premier (Dis-moi bonjour de Sandor Simo, Tres tristes tigres de Raoul Ruiz et Pas de gué dans le feu de Gleb Panfilov), le film annonçait une nouvelle vague suisse qui eut son âge d'or dans les années 70. Mais ceci est une autre histoire.

Charles mort ou vif est programmé lundi 19 octobre à 20 heures à l'auditorium Arditi, dans le cadre du cycle Antibourgeois du Ciné-club universitaire.

20:51 Publié dans Cinéma, Festival de Locarno 1969 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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