07/11/2015

Dans "Le Charme discret de la bourgeoisie", le cauchemar des dîners en ville

charme.jpgImpossible représentation, dîner bourgeois qui devient spectacle, pièce de théâtre. Personnages pris au piège d'une mise en scène non désirée, jetés en pâture aux regards assis des spectateurs sages d'un théâtre, bourgeois lui aussi (vraiment?). Pantins désarticulés et saisis dans leur trouble, leur mal-être, qui finit par être celle de leur condition. Ironie réaliste d'un monde où les apparences ne font plus sens, parce qu'elles n'ont plus de contexte auquel se rattacher. Le surréalisme de Luis Buñuel consiste souvent à injecter des personnes dans une situation inexplicable, de l'ordre du rêve (ou du cauchemar), puis à vérifier comment ils se comportent, c'est-à-dire comment ils procèdent pour sortir de ce piège scénaristique. Comme dans L'Ange exterminateur, les bourgeois du Charme discret de la bourgeoisie reproduisent des rituels ataviques dans un monde déconnecté de leur biotope habituel. L'organisation d'un repas y tourne à la farce, à la mascarade, tout en faisant reculer les frontières du vraisemblable dans lequel se réfugie bien trop souvent la bienséance. Improbable fiction, coécrite par un Jean-Claude Carrière qui ne fut jamais meilleur que dans ses collaborations avec le cinéaste mexicain, le film conserve l'étrangeté jouissive qu'il procurait à sa sortie, en 1972. Par-delà ces modes et ces codes dont il se contrefiche, Le Charme discret de la bourgeoisie procure une sensation de liberté que les années n'ont jamais su altérer. Laissons-nous encore surprendre...

Le Charme discret de la bourgeoisie sera projeté le lundi 9 novembre à 20 heures à l'Auditorium Arditi, dans le cadre du cycle "Antibourgeois" du Ciné-club universitaire.

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Commentaires

Merci de nous rappeler ce grand classique du cinéma!

Votre approche nous le fait revivre et donne vraiment envie d'aller revoir le film.

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 07/11/2015

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