16/12/2015

Dans "Mia madre", la distribution des profondeurs de champ

Mia-madre.jpgPremier plan et profondeur de champ. Tournage en studio, artifices et vraisemblance. Savamment composé, ce plan de Mia madre de Nanni Moretti utilise habilement différentes valeurs focales. Au centre de l'image, deux des comédiens principaux, frère et soeur dans la fiction, joués par Moretti lui-même et Margherita Buy, presque face caméra, lui vaguement caché derrière elle, captent évidemment l'attention et le regard en premier. Ils observent quelque chose placé hors-champ et tournent le dos à la file de personnages, de figurants, qu'on aperçoit derrière eux. La profondeur du champ a d'ailleurs deux valeurs. La file d'attente sur la gauche, et une devanture éclairée sur la droite et au fond, double perspective que les deux personnages précités coupent du reste exactement, donnant l'impression que la file d'attente n'entretient pas forcément de rapport causal avec la devanture, même si on discerne encore deux silhouettes tout au fond devant la porte. Enfin, à droite de l'image, donc à la gauche des deux comédiens, on distingue en amorce l'épaule d'un homme qui regarde lui aussi vers le fond de l'image. Si notre regard se porte d'abord au centre, sur les deux personnages, il a ensuite tendance à errer partout dans le plan, comme on le ferait devant un tableau dont certains détails n'apparaissent pas immédiatement. Ce plan suffit à rappeler le principe - simple et maîtrisé - à l'oeuvre dans Mia madre, comme dans la plupart des films de Moretti, à savoir ce jeu sur les niveaux narratifs et cette aptitude à les mettre à plat, à les unifier par mise en scène interposée. C'est en cela que le cinéaste italien parvient à trouver la bonne distance pour aborder les thèmes de son film - le cinéma, le rapport à la mère, la maladie, pour faire simple - et les faire circuler dans un mouvement unique et fluide fixant à lui seul la dramaturgie de son récit. Remarquable.

Mia madre est actuellement à l'affiche en salles.

16:20 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2015 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

14/12/2015

Le mystère des lumières captées sur Cérès a été résolu

ceres.jpgLe mystère nous aura tenus en haleine une grande partie de l'année. Soit depuis février, mois durant lequel je consacrais mon premier billet à Cérès, et surtout aux mystérieuses lumières captées par la sonde Dawn sur la surface de cette planète naine du système solaire, planète dont l'orbite se situe entre Mars et Jupiter. L'énigme est désormais résolue par des scientifiques de l'Institut Max Planck qui en publient une étude dans la revue NatureEn collectant différents éléments, ils ont ainsi pu déduire la présence d’un certain type de sel, l’hexahydrite (forme de sulfate de magnésium hydraté), mélangé à des rochers et de l’eau gelée. Ce sont ces sels qui reflètent la lumière du soleil. Sous l’effet des rayons solaires, la glace passerait directement de l’état solide à l’état gazeux, et l’évaporation de l’eau laisserait derrière elle une sorte de brume (également repérée par Dawn) ainsi que ces sels expliquant la présence des étranges taches blanches et lumineuses. La composition de Cérès elle-même ressort de tout cela. Elle serait donc formée d’une couche de glace contenant une forte proportion de sels. Cette saumure gelée serait recouverte de rochers et de poussières. Et lorsque des astéroïdes heurtent Cérès, ils creusent des cratères laissant apparaître cette couche glacée que les rayons du soleil reflètent. On peut également en déduire que les zones géologiques observées sont plutôt récentes. Dans le cas contraire, la totalité de l’eau contenue dans les zones brillantes se serait déjà évaporée. Tout cela offre un scénario cohérent et oblige à renoncer à l’hypothèse – ô combien plus séduisante, pourtant - d’une éventuelle base extraterrestre sur la surface de Cérès. Néanmoins, ce phénomène de vaporisation tel qu’observé sur Cérès était jusque là plutôt l’apanage des comètes. Ce qui soulève de nombreuses autres questions auxquelles Dawn répondra peut-être bientôt.

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11/12/2015

A 53 années-lumière de la Terre, une tempête fait rage

etoile.jpgW1906+40 se trouve à 53 années-lumière de la terre. C'est-à-dire très loin - et je vous laisse calculer sa distance, sachant que la vitesse de la lumière est d'environ 300 000 km/seconde. Il s'agit d'une étoile, et plus précisément d'une naine brune, soit un objet substellaire dont la masse réelle est inférieure à la masse minimale nécessaire à la fusion thermonucléaire de l'hydrogène et supérieure à celle que nécessite une fusion analogue du deutérium (du moins tel que le définit Wikipédia). En clair, elle n'est pas assez massive pour être considérée comme une étoile mais en revanche bien plus massive qu'une planète géante. W1906+40 est une naine brune de type L, autrement dit relativement froide (environ 1900° C à la surface de celle-ci). C'est en l'étudiant que la NASA a découvert une tempête en cours sur sa surface. Une très grosse tempête, puisque son diamètre fait trois fois celui de la terre et qu'elle est à peu près aussi étendue que la Grande Tache Rouge de Jupiter. Phénomène rare. Tellement rare qu'il n'avait encore jamais été observé ni répertorié sur une étoile (de ce type ou d'un autre). La tempête y durerait depuis au moins deux ans et tourne autour de la naine L toutes les neuf heures. Reste à comprendre l'origine de ce phénomène et de savoir s'il est fréquent à cette échelle. Pour cela, les scientifiques vont braquer leurs télescopes sur d'autres naines semblables à W1906+40.

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