27/01/2016

"Le Chêne", retour aux sources de la nouvelle vague roumaine

chene1.jpgIl y avait cette petite fille atrocement accoutrée et tenant dans sa main un pistolet, héroïne d’une fable de la Fontaine inversée dont l’innocence du regard nous plongeait dans une sorte d’imprescriptible perplexité.
chene4.jpgIl y avait Maïa Morgenstern qui prenait déjà le train en quête d’un ailleurs plus paradisiaque, le visage baignant d’un soleil dont elle paraissait en manque à force de ne jamais le voir.

chene3.jpgEt puis il y avait ce chêne et ces arborescences suggérant quelque généalogie secrète, pendant que ses branches protégeaient deux silhouettes que la pénombre tôt ou tard engloutirait. Et pour lier tout cela, les promesses d’un cinéma où la poésie le disputerait à la dénonciation, portrait d’un pays dévasté, ruiné, anéanti, atomisé par son proche passé. De Roumanie, Lucian Pintilie nous revenait, en 1992, après un exil d’une vingtaine d’années. Le Chêne évoque la tyrannie, mais avec drôlerie. Il fustige les années Ceausescu, mais sans omettre que le surréalisme n’est pas toujours destiné à la galerie. L’humour y est un vecteur politique, la fable se drape dans une outrance qui n’atténue jamais sa charge, féroce et décapante. Ce mélange pouvait agacer, voire déplaire. C’est que le cinéma roumain ne nous avait guère habitués à cela. Pintilie venait avant Porumboiu, Puiu, Mungiu, Muntean, Cohn, Giurgiu, Netzer et quelques autres qui formeraient, juste après, cette nouvelle vague roumaine dont l’importance s’est souvent accommodée d’une aisance à décrocher des prix dans les festivals (ici une Palme, là un Ours). Pintilie, 82 ans, ne tourne plus depuis une douzaine d’années. Mais il sera question de lui lors d’une table ronde, «Lucian Pintilie et ses héritiers», ce jeudi 28 à 19 heures (salle de Fonction : Cinéma).

Le Chêne est projeté en ce moment dans le cadre du festival Black Movie.

22:07 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 1992 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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