14/02/2016

Berlinale 2016: le présent des migrants et "L'Avenir" par Mia Hansen-Løve

fuocoammare.jpgCe jeune garçon de 12 ans s’appelle Samuele et vit avec sa famille de pêcheurs à Lampedusa, île sicilienne où échouent régulièrement des embarcations remplies de migrants. Gianfranco Rosi, Lion d’or surprise avec son précédent film, Sacro GRA, procède à nouveau par immersion dans Fuocoammare, documentaire qui montre en parallèle le quotidien de plusieurs habitants de l’île, dont des médecins qui portent secours aux migrants qui arrivent ici. Dureté des images, lorsqu’on découvre des cales remplies de cadavres ou de corps prostrés, ou lorsqu’on voit les survivants se faire ausculter, palper, toiser dans des centres d’accueil. Dureté sans voix off ni mise en contexte. Comme Sacro GRA, Fuocoammare est un film littéral, direct, reflet d’une tragédie qui se déroule hic et nunc. La thématique des réfugiés, très présente à la Berlinale cette année, trouve dans ce film un écho troublant, car dénué de tout jugement, de tout commentaire, de toute réflexion préalable. Dans quelle mesure Rosi a-t-il mis en scène ce qu’on voit, que ce soit par le montage ou par le choix des différentes séquences qui s’échelonnent ? Réponse malaisée à formuler. Très applaudi, mais également taxé de «pornographique» par quelques critiques italiens, le film ne provoque en tout cas pas l’indifférence.

avenir.jpgDans L’Avenir, Mia Hansen-Løve filme un Paris rempli d’étudiants en philo, qui parfois se révoltent et font bloc dans les rues. Une sorte d’utopie bobo avec Isabelle Huppert en prof de philo, Roman Kolinka (avec elle ci-dessus) en disciple parti faire du fromage dans le Vercors, Edith Scob (géniale) en mère démente et neurasthénique, et un gros chat noir nommé Pandora. Pas d’histoires d’amour, ou si peu, ou seulement annexes, mais des appartements débordant de livres, des maisons de campagne pleines de couples en train de disserter dans toutes les langues sur l’avenir du monde, un mari ennuyeux qui finit par s’envoler avec une maîtresse qu’on ne verra jamais, des éditeurs de livres universitaires au marketing douteux, et un beau temps constant, du soleil, des rues printanières, une douceur de vivre qu’on ne voit pas tous les jours. C’est à la fois constellé de clichés et constamment étonnant. L’Avenir brasse de nombreux thèmes, porté par une Isabelle Huppert présente dans chaque plan, égérie vraisemblable d’un récit qui aime s’égarer, non sans un plaisir que Mia Hansen-Løve parvient in fine à communiquer. Parfaitement calibré pour la compétition berlinoise, quelque part.

00:16 Publié dans Cinéma, Festival de Berlin 2016 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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