10/03/2016

Dans "Room", une mère, un fils et quatre murs pour seul horizon

room-movie-five.jpgDeux paires d’yeux convergeant vers un point hors-champ, peut-être le ciel si l’on suppose la présence d’un soupirail crevant le méchant plafond que le cadre dévoile. Mais de l’intérieur, on peut tout supposer. Une femme et un enfant, visiblement très fusionnels sur cette image, avec en arrière-fond l’idée qu’elle et lui ne font qu’un, mère et fils, données que seule la fiction nous fournira, de méchants habits, là aussi, une sorte de dénouement signe de paupérisation, et un espace d’évidence exigu, étriqué, de ceux qu’on aimerait fuir. Cet enfant n’a jamais vécu ailleurs. Né de viols successifs, séquestré tout comme sa mère par un pervers sans état d’âme, il ne connaît d’univers que quatre vilains murs de cabane, moche et triste comme à peu près tout ce qui l’entoure. Signé Lenny Abrahamson, Room épouse le point de vue de cet enfant, et communique l’étouffement plus qu’il ne suggère l’oppression.

Bien sûr, tout comme dans l’affaire Natascha Kampusch, devenue malgré elle une sorte de référence en matière de séquestration, il y a un après, une issue et quelque chose de positif au bout du tunnel. Le film se scinde en deux parties, deux reflets de la même histoire, volets symétriques dont le centre n’est pourtant nulle part. Si l’absence d’explications dans la première partie, elles aussi parquées hors-champ, ou plutôt en dehors de l’univers visible du jeune héros et de sa génitrice – je rappelle là que Brie Larson a remporté l’Oscar pour ce rôle -, répond à une logique presque éditoriale (que les règles du huis-clos viennent conforter), la seconde partie de Room procède en revanche d’un trop plein, d’une accumulation de signes extérieurs formant comme l’autre versant d’un trauma. Dans ce contexte, la justesse est malaisée. Mais le film y parvient, ouvrant à hauteur d’enfant une fenêtre sur le monde embrassant in fine l’univers dans sa totalité.

Room est actuellement à l’affiche en salles.

21:45 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Merci de cette critique, Pascal!

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 11/03/2016

(...peut-être le ciel:

une fillette apprenant que son petit frère mort est parti au ciel pour un grand voyage et qui ne comprend pas puisque le petit défunt se trouve devant elle dans un grand lit:
! Comme elle ne comprend pas et quelle va questionner on la bouscule quoique gentiment en luis disant d'embrasser son petit frère car on a "beaucoup de choses à faire"!
Longtemps la fillette lèvera les yeux jusqu'aux ciex pour voir s'"il revient enfin"?!
Plus tard elle comprendra.
Cause de la mort une cuve, à la campagne, dans laquelle le petit frère est tombé.


Il se passera longtemps, longtemps, puis un jour (cherchez attentivement sans rien "sauter"!) sous Maharaji, images, elle le reverra revenir par la cuve se dressant comme vivant!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 11/03/2016

J'admire le style, succinct et éloquent à la fois, de Mme Richard-Favre. Et le compte rendu donne l'envie de voir le film.

Écrit par : Paul Katchalov. | 11/03/2016

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