25/03/2016

Christian Davi, réalisateur et producteur, nous a quittés à l'âge de 49 ans

davi.jpgJe l’avais fréquemment croisé. A Locarno, à Soleure, à Berne dans le cadre plus officiel de l’OFC, en interview ici et là. Pour les films qu’il avait réalisés, puis pour ceux qu’il avait produits via sa société Hugofilm, cofondée en 2002 avec Christof Neracher et Thomas Thümena, et qui lui avait permis de financer Vitus (en 2006), donnant un nouveau souffle au vétéran Fredi M. Mürer. Visage familier du cinéma suisse, toujours souriant et aimable, Christian Davi avait 49 ans. Il a succombé le 19 mars des suites d’une longue maladie. A Zurich, sa ville d’origine. Le cinéma suisse perd quelqu’un dont l’engagement, l’enthousiasme, la combattivité et le talent étaient indéniables. C’est par un mail et un communiqué de SwissFilms que les gens de la branche ont appris jeudi la triste nouvelle. En février, une des dernières productions de Hugofilm, Aloys de Tobias Nölle, a remporté le prix FIPRESCI de la section Panorama à la Berlinale.

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16/03/2016

A-t-on découvert une loi ordonnant les nombres premiers?

premiers.jpgDepuis quelques jours, la communauté mathématique est en ébullition. Deux chercheurs de l’université de Stanford, en Californie – Kannan Soundararajan et Robert Lemke Oliver –, aidés d’énormes processeurs, ont découvert une propriété inédite concernant les nombres premiers (représentés ci-dessus dans un graphique circulaire), qui pour rappel, ne sont divisibles que par eux-mêmes et par 1. Le pire, c’est que cette découverte est d’une simplicité affolante, au point de se demander pourquoi personne n’y a songé avant. Elle consiste à observer les chiffres terminant les nombres premiers. Ceux-ci ne peuvent en effet se terminer que par 1, 3, 7 ou 9. Pour des raisons qu’il n’est nul besoin de démontrer, une terminaison par 2, 4, 6 ou 8 est exclue – tous les nombres de cette forme étant des multiples de 2. Raisonnement identique pour 5 ou 0 et les multiples de 5. Restent donc ces quatre chiffres, seule possibilité de terminaison pour un candidat à la primalité : 1, 3, 7 et 9. Nos deux chercheurs ont donc observé tous les nombres premiers jusqu’à un milliard et ont remarqué que la fréquence d’apparition de certaines terminaisons après d’autres n’était pas équiprobable. Prenons l’exemple d’un nombre premier se terminant par 1. En toute logique, la probabilité que le premier suivant, son successeur, se termine par 1, 3, 7 ou 9 devrait être la même. Or non, justement. Il n’en est rien. Ainsi, un premier se finissant par 1 n’a que 18% de chances d’être suivi par un premier de même forme. En revanche, il y a 30% de chances qu’il soit suivi par un premier se terminant par 3 ou 7. Et 22% par un premier se terminant par le chiffre 9. Et ainsi de suite.

Le problème, c’est que ces écarts probabilistes ne sont pas minimes. Ils sont importants, conséquents. Suffisamment en tout cas pour poser question et surtout remettre en cause l’ordre a priori aléatoire de l’apparition des premiers dans la suite des entiers. D’autant plus que l’écart se creuse encore plus lorsqu’on débute la chaîne par un premier se terminant par 9. Il a alors 65% de chances supplémentaires d’être suivi par un premier se terminant par 1 que par un autre se terminant par 9. La logique voudrait que toutes ces probabilités s’équilibrent, comme je l’ai dit avant. C’est loin d’être le cas, ce qui laisse supposer l’existence d’une loi cachée ordonnant la succession des nombres premiers et leur apparition selon un critère moins aléatoire qu’on le pensait. A moins de redéfinir la notion d’aléatoire, autrement dit de l’élargir. Nous en sommes loin.

Enfin, pour réfuter cette découverte, on pourrait affirmer que ces fréquences d’apparitions ne sont pas si illogiques lorsqu’on observe tous les nombres, premiers ou pas, se terminant par 1, 3, 7 ou 9. Prenons l’exemple de la chaîne 41, 43, 47 et 49. 41 est premier. Il est suivi par 43 (ce sont en l’occurrence des jumeaux), puis par 47. La probabilité qu’il soit suivi par un premier se terminant à son tour par 1 est donc plus faible que les autres. C’est empirique et imparable, et valable pour n’importe quelle chaîne analogue. Sauf que les deux chercheurs de Stanford (photo ci-dessous) ont envisagé ce cas de figure (raisonnement) et constaté qu’il ne tenait pas la route par rapport à la magnitude des biais découlant de leur observation des nombres dans d’autres bases (exemple en base 3, où tous les nombres se terminent par 1 ou 2). En d’autres termes, les mathématiciens ont du pain sur la planche pour plusieurs décennies.

stanford.jpg

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10/03/2016

Dans "Room", une mère, un fils et quatre murs pour seul horizon

room-movie-five.jpgDeux paires d’yeux convergeant vers un point hors-champ, peut-être le ciel si l’on suppose la présence d’un soupirail crevant le méchant plafond que le cadre dévoile. Mais de l’intérieur, on peut tout supposer. Une femme et un enfant, visiblement très fusionnels sur cette image, avec en arrière-fond l’idée qu’elle et lui ne font qu’un, mère et fils, données que seule la fiction nous fournira, de méchants habits, là aussi, une sorte de dénouement signe de paupérisation, et un espace d’évidence exigu, étriqué, de ceux qu’on aimerait fuir. Cet enfant n’a jamais vécu ailleurs. Né de viols successifs, séquestré tout comme sa mère par un pervers sans état d’âme, il ne connaît d’univers que quatre vilains murs de cabane, moche et triste comme à peu près tout ce qui l’entoure. Signé Lenny Abrahamson, Room épouse le point de vue de cet enfant, et communique l’étouffement plus qu’il ne suggère l’oppression.

Bien sûr, tout comme dans l’affaire Natascha Kampusch, devenue malgré elle une sorte de référence en matière de séquestration, il y a un après, une issue et quelque chose de positif au bout du tunnel. Le film se scinde en deux parties, deux reflets de la même histoire, volets symétriques dont le centre n’est pourtant nulle part. Si l’absence d’explications dans la première partie, elles aussi parquées hors-champ, ou plutôt en dehors de l’univers visible du jeune héros et de sa génitrice – je rappelle là que Brie Larson a remporté l’Oscar pour ce rôle -, répond à une logique presque éditoriale (que les règles du huis-clos viennent conforter), la seconde partie de Room procède en revanche d’un trop plein, d’une accumulation de signes extérieurs formant comme l’autre versant d’un trauma. Dans ce contexte, la justesse est malaisée. Mais le film y parvient, ouvrant à hauteur d’enfant une fenêtre sur le monde embrassant in fine l’univers dans sa totalité.

Room est actuellement à l’affiche en salles.

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