05/05/2016

"Corn Island", un bloc de nature que rien ne fissure

corn_island_still_2.jpgIl n’est pas toujours besoin qu’il se passe quelque chose. Ce sentiment d’épure ci-dessus communiqué, palpable dans une composition évoquant certains tableaux, appelle la contemplation. Deux silhouettes bêchant une plantation sur une sorte d’îlot de terre qu’aucune autre végétation n’altère ni ne trouble, une petite baraque en bois signalant que le lieu sert aussi d’habitat, et le fleuve, aux alentours, courant à perte de vue, à peine brisé par des cimes plus lointaines. Peu d’action et peu de paroles également dans ce film méditatif et entier, bloc de nature que l’homme ne tentera pas de fissurer et dans lequel la fiction se fraiera un chemin malgré elle et malgré nous. Réalisé par George Ovashvili, un cinéaste géorgien dont la plupart des travaux nous sont inconnus, Simindis kundzuli, ou Corn Island (La Terre éphémère lors de sa sortie française fin 2014 !!), avait reçu le Globe de cristal – équivalent de la Palme d’or - du Festival de Karlovy-Vary en 2014, avant d’être sélectionné pour l’Oscar du meilleur film étranger, sans toutefois atteindre ce qu’on nomme depuis 2007 la liste restreinte. Splendeur, radicalité, recueillement et dépouillement : tels sont les maîtres mots d’un métrage qui ne se laisse jamais enfermer, même s’il se rattache à une veine du cinéma d’auteur contemplatif qui trouve généralement son bonheur dans les festivals. Ici, l’équilibre est aussi précaire que miraculeux. Le silence se confond avec la nature dans une geste artistique renvoyant à une écriture sans âge et paradoxalement d’une absolue modernité. L’un des coups de cœur de la saison.

Corn Island passe en ce moment aux cinémas du Grütli.

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