14/05/2016

Cannes, Jour 4: l'humour au poil de Maren Ade

toni2monk.jpegCette masse de poils informe et cette femme nue et apeurée (la comédienne Sandra Hüller) suggèrent une situation incongrue, et peut-être le surgissement du burlesque, ou de quelque chose d’apparent, à l’intérieur d’une fiction qui jusque-là ne se fissurait guère. La séquence se situe vers la fin de Toni Erdmann, troisième long-métrage de l’Allemande Maren Ade, film sacrément gonflé et d’une drôlerie inattendue. La vision ubuesque de la cinéaste prend pourtant racine dans un récit tout ce qu’il y a de plus classique au départ, la visite d’un père un peu fantasque à sa fille devenue «business woman» à Bucarest. Lui est envahissant, omniprésent, encombrant, gênant, intrusif, et quelque part insupportable. Sa présence saborde insensiblement le quotidien réglé comme une horloge de sa fille, sérieuse, sans une once d’humour, perpétuellement sur son quant à soi lorsqu’il s’agit de préserver et contrôler ses apparences. La folie douce du bonhomme déséquilibre la logique radicale d’un filmage privilégiant le plan-séquence, jusqu’à cette implosion par l’absurde qui rejaillit sur un public de plus en plus hilare et tendu face à une machine fictionnelle se déréglant sans que rien ne puisse la stopper. Du cinéma porté à bout de bras, une mise en scène qui file droit à l’essentiel, et deux comédiens formidables que voici ci-dessous dans une autre scène : toni1.jpgToni Erdmann au palmarès cannois 2016, c’est on ne peut plus probable.

 

 

 

 

 

 

 

 

mademoiselle2.jpgPlus conventionnelle, cette famille asiatique en costumes est celle de Mademoiselle, nouvel opus du Coréen Park Chan-wook. Il nous y parle d’arnaque, d’initiation saphique, d’érotisme et de machiavélisme. Mais malgré l’esthétisme d’une mise en scène hautement raffinée, malgré une structure en trois parties distillant au compte-gouttes révélations et rebondissements, malgré une réflexion sur les apparences tout à fait bien conduite, je préfère le Park Chan-wook d’Old Boy ou de Thirst, ceci est mon sang. Mademoiselle est plus classique, son rythme plus languissant, sa durée plus problématique. En reparlera-t-on à l’occasion du palmarès ? C’est tout à fait possible, là aussi.

18:13 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2016 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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