22/05/2016

Cannes, Jour 12: Ken Loach repart au combat et décroche la Palme

loach.jpgIl avait décidé de prendre sa retraite. Après Jimmy’s Hall, Cannes 2014. Mais dans le monde, les choses se gâtent. Le néolibéralisme gagne du terrain, la précarité augmente, la société se fissure de partout. Alors il a repris sa caméra. Scénario de Paul Laverty, portraits croisés d’un menuisier exploité par le système et d’une mère célibataire en proie aux injustices. Je schématise, vous trouverez les résumés ailleurs. I, Daniel Blake, le dernier Ken Loach, est fidèle au style du cinéaste – naturalisme composé, un rien plan plan – et à son sens de l’engagement. Le geste politique, plus que cinématographique, lui a valu ce soir la Palme d’or à Cannes. Pour la deuxième fois, après Le Vent se lève en 2006. Loach, 80 ans bientôt, repart au combat, et a réveillé la conscience politique d’un jury cannois dont les membres ont l’habitude de brasser des millions. Leur décision, sans être condamnable, flirte avec le politiquement correct. D’autant plus que le palmarès rassemble plusieurs autres films en proie avec les maux du monde, au sens large. Forushande d’Asghar Farhadi (Prix du scénario et de la meilleure interprétation masculine), Bacalaureat de Cristian Mungiu (Prix de la mise en scène ex-aequo), Ma’ Rosa de Brillante Ma Mendoza (Prix de la meilleure interprétation féminine pour Jaclyn Jose, une comédienne il est vrai géniale). Et Jim Jarmusch, Maren Ade, Bruno Dumont, Alain Guiraudie, qui nous ont tant séduit cette quinzaine ? Que dalle. Même pas un osselet à ronger. Xavier Dolan, qui rêvait déjà à sa palme – en 2037, peut-être, qui sait -, se brise la voix de sanglots longs en recevant son Grand Prix du jury pour Juste la fin du monde. Et puis il y a, malgré tout, deux grands films formels, voire plus, au générique de fin. L'immense Personal Shopper d’Olivier Assayas (Prix de la mise en scène ex-aequo) et American Honey d’Andrea Arnold (Prix du jury). Je m’en réjouis, même si les cartes auraient pu ou dû se distribuer autrement. On ne va pas refaire l’état des choses. De toute façon, la richesse et l’éclectisme de la sélection cannoise 2016 se charge de nous rappeler la diversité des images et des écritures, la fragmentation des univers et la solitude des artistes. On l’a aimée, plus que celle de l’an passé (ce qui n’était pas difficile), cette sélection. Et quand je dis «on», c’est tout le monde, y compris les plus aguerris, les plus aigris, qui ne sont pas forcément les plus vieux. Cannes, bilan positif, donc, à quelques bémols près. J’y reviens dans un prochain billet.

22:56 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2016 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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