01/09/2016

Mostra de Venise 2016 ou comment dialoguer avec les extraterrestres

arrival.jpgCe gigantesque mégalithe en apesanteur a une certaine gueule. Vaisseau extraterrestre ou émanation d'un objet non identifié susceptible d'aller plus vite que la lumière? Qu'importe. Douze structures identiques apparaissent ainsi en différents points du globe. Et les aliens qui sont à l'intérieur n'ont pas l'intention de massacrer les humains ni même de les envahir. Ils ont juste quelque chose à (leur) communiquer. Le sujet d'Arrival de Denis Villeneuve, c'est donc le langage et tout ce qu'il sous-entend. Comment parler aux extraterrestres? Comment comprendre ce qu'ils veulent nous dire? Des idéogrammes gazeux et circulaires, assemblage possible de motifs en forme de fractales, leur tiennent lieu de vocabulaire. Leur déchiffrement par une jeune linguiste de renom (Amy Adams) fournit la trame d'un film souvent spectaculaire malgré son refus des effets, et rarement basique dans son traitement des aliens. Corollaire de cette histoire adaptée d'une nouvelle, les séquences montrant l'héroïne puisant dans ses souvenirs (elle a perdu sa fille) et dans ce qui lui tient lieu d'inconscient sont plus laborieuses et moins utiles. Et le recours à la psychologie humaine finit même par desservir le film, qui demeure malgré tout la plupart du temps impressionnant, ne serait-ce que pour le point de vue inédit qu'il adopte sur ce thème bien galvaudé. Quant au mystérieux signal capté en 2015 par un télescope russe et rendu public il y a deux jours par la NASA (rien à voir avec le signal wow), il fera l'objet d'un billet ultérieur dans la section astrophysique de mon blog.


oceans3.jpgMais revenons à la Mostra. Epoux, femme et enfant sont ici les éléments centraux d'un mélodrame particulièrement soigné et lacrimal. Tiré d'un roman, The Light Between Oceans de Derek Cianfrance raconte qu'il peut y avoir encore pire, pour des parents, que la perte ou la mort d'un enfant. Mais l'installation du drame prend un peu plus long et le film se cristallise rapidement autour d'un classicisme romanesque que son cinéaste souligne plus qu'il ne contourne. Images magnifiques, très belle musique d'Alexandre Desplat, Michael Fassbender et Alicia Vikander en jeune couple crédible, tout est mis en oeuvre pour assurer un confort réceptif que seule l'émotion battra en brèche de manière il est vrai fort inattendue. L'ensemble est bien ouvragé et fonctionne, à quelques incohérences près. Presque trop ripoliné mais j'adhère.


aranjuez.jpgEnfin, j'ai gardé le moins bon pour la fin. La rigueur du cadrage ci-dessus ne saurait nous induire en erreur. Depuis plusieurs films, Wender continue de s'enliser. La 3D inutile de Everything Will Be Fine (Berlinale 2015) ne lui a pas suffi, il en abuse à nouveau dans Les Beaux Jours d'Aranjuez, adaptation monolithique et soporifique d'un livre de Peter Handke qu'on a tout sauf envie de lire. La pose dure stricto sensu 90 minutes. Lieu unique, un jardin, sa terrasse, deux personnages conversant, pendant que l'auteur, écrivain comme il se doit, les imagine dans son bureau. Ce hiératisme vain et stérile semble d'un autre temps. Le film échoue à nous atteindre d'une quelconque manière, et ne distille qu'un ennui tenace que rien ne vient briser.

22:28 Publié dans Cinéma, Mostra de Venise 2016 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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