07/09/2016

Mostra de Venise 2016 : parlons un peu de Jackie veuve Kennedy et de l'origine de l'univers

jackie2.jpgOublier Jackie Kennedy. Reconnaître Natalie Portman. A moins que ce ne soit l'inverse. Travailler sur la vraisemblance. Ou plutôt sur la ressemblance. L'assassinat de Kennedy est l'un des événements majeurs (de l'Amérique) du XXe siècle. On peut l'aborder par mille biais et le relire de mille façons. Mais tout est-il seulement une affaire de point de vue? Non. Pablo Larrain, qui enchaîne les films à la vitesse d'un cheval au galop (El Club à Berlin en 2015, Neruda à Cannes à la Quinzaine cette année), vise dans Jackie la reconstitution et la justesse. Sa vision est historique et circulaire. Jackie Kennedy est au centre du film, donc au centre de l'affaire dont il est question (l'assassinat de JFK). Le rouge domine, sans doute parce que le sang tachant le tailleur Chanel rose de la First Lady le jour du meurtre à Dallas, comme on peut le voir dans le film Zapruder, fait partie intégrante de la dimension iconique de l'événement. Avant et après, c'est dans la Maison blanche que ses pas nous guident. Pour les besoins d'une émission de télévision, fausses archives et vrais propos. Mais encore pour y régler une succession dont elle ne prononce jamais le nom : emballage des peluches des enfants, regard torve sur Lady Bird Johnson, occupée à choisir les papiers peints pour son installation. Larrain est constamment dans le détail et jamais dans le discours. La petite histoire et non la grande, même si les deux se rejoignent. Jackie l'élégante, en noir de deuil derrière le cercueil ou dans son hiératisme forcé lorsqu'il s'agit de ramener le corps de son époux. Jackie en larmes puis rayonnante. Le cinéaste cherche à capter quelque chose d'insaisissable au fond de cette femme si médiatisée qu'elle en devint mystérieuse. Son film nous confronte à ce regard, à cette béance que Jackie Kennedy laisse derrière elle. C'est à la fois perturbant et sommaire. Presque paradoxal. Et Portman est magnifique. Enfin, pléonasme: elle est, tout simplement.


voyage_of_time.jpgLe cas Malick est plus complexe. D'abord l'ambition du film. Voyage of Time: Life's Journey. Raconter l'univers, son histoire, la naissance de la vie, les divisions cellulaires, l'arrivée de l'homme. Dresser des parallèles entre l'infiniment grand et l'infiniment petit. En voix off, Cate Blanchett dit une litanie à la Mère, peut-être Gaïa. Les images sont sublimes et tel est l'attrait d'un film qui apparaît comme la quintessence des précédents Malick, fiction en moins. L'ensemble relève de la poésie et refuse le didactisme. Mais si le documentaire se veut expérimental, l'enchaînement des plans, la juxtaposition des images, qui plus est commentées, génèrent du sens, des interprétations. Et c'est un peu le problème. Car dans les domaines abordés, on ne peut pas dire ce qu'on veut ni relire l'histoire scientifique à sa guise. Voyage of Time crée l'illusion du contraire. Les parallèles suggérés sont faux. La création des planètes (ou des galaxies) ne procède pas comme l'apparition des premiers unicellulaires. Et la physique des particules n'est pas soumise aux lois gouvernant le cosmos. Croire que l'infiniment grand et l'infiniment petit se rejoignent est une erreur. Supposer l'infinitude des choses n'a pas de sens hors mathématique et voyager dans l'espace revient à parcourir le temps, en arrière comme en avant, puisque temps et espace sont deux éléments d'une unique dimension. Mais tout unifier comme le fait Malick, raisonner par raccourcis, revient donc à faire ici, quelque part, de la philosophie bon marché. Or le film tend  vers l'inverse. D'où un hiatus qui me dérange profondément. Une autre version de Voyage of Time, plus courte et exclusivement destinée aux projections IMAX, avec une voix off de Brad Pitt, sortira début octobre.

17:37 Publié dans Cinéma, Mostra de Venise 2016 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Autrement dit, voir « Jackie » semble s’imposer...

Merci de vos critiques qui permettant au profane de s’y retrouver dans autant d’images et autres plans dont vous relevez toujours le sens et les subtilités.

Écrit par : Hélène Richard-Favre | 07/09/2016

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