04/02/2017

«La Propera Pell», signes extérieurs d’opacité

properapell-still-13.jpgLe cinéma n’est souvent qu’affaire de profondeur de champ. Deux personnages dans un environnement visiblement hostile – la neige, le froid, l’hiver -, peut-être perdus dans cette opacité brumeuse qui les isole. Partiellement muets, les bouches obstruées par des écharpes protectrices, ils se suivent à une distance raisonnable au lieu de marcher côte à côte. Quant à leurs regards, ils portent chacun dans des directions différentes du champ ou du hors-champ. Le jour a l’air de tomber, encore que de telles teintes soient possibles, suivant les lieux et les saisons, en pleine journée. Autour d’eux, une sorte d’abstraction enneigée et montagneuse ne permet pas de situer l’endroit où nous sommes. Le point est fait sur le garçon qui se trouve le plus proche de la caméra, pendant que les contours de l’autre se noient dans le flou d’arrière-plan symptomatique de ce genre de valeur. Point de hasard dans ces choix, et la vision de La Propera Pell, cosigné par Isaki Lacuesta et Isa Campo, le confirme sans insistance.

Le héros du film, c’est celui qu’on voit le moins sur cette image, qui demeure en retrait et dont le flou empêche même de deviner les traits. La métaphore est directe, presque trop simple, faisant écho à l’un des thèmes du film, ce questionnement sur l’identité que la fiction fait dévier vers une réflexion sur le mensonge et le doute. Gabriel, disparu depuis huit ans, est retrouvé dans un foyer pour délinquants. Sa mère le reconnaît immédiatement, mais le doute va pourtant s’insinuer dans un récit dont les lignes brisées entretiennent un curieux sentiment de perte, et cela avec une élégance peu fréquente. Sur un thème extrêmement proche, la cinéaste Agnieszka Holland avait signé en 1992 un très beau drame au traitement néanmoins plus conventionnel et binaire, Olivier, Olivier.

Mais revenons sur cette image, qui synthétise décidément presque trop bien un film dont les ramifications thématiques ne sont heureusement pas toutes fixées dès le premier quart d’heure. Le cadrage est en effet tel que nos yeux ne cessent de passer d’un personnage à l’autre sans que nous n’arrivions à trouver de lien autre que contextuel entre eux. Sont-ils frères ? Amis ? Amants ? Se connaissent-ils vraiment ? Rien ne permet de répondre à ces questions au cœur de ce cadre. Pourtant, toutes ces interrogations vont insensiblement surgir à différents degrés diégétiques, et nourrir une intrigue dont la conclusion risque de surprendre plus d’un, ne serait-ce que grâce à l’économie dont elle réussit à faire preuve là où d’autres se seraient complus dans un pathos élémentaire. En cela, synthèse et métaphore – celles-là dont je parlais précédemment – sont bien réelles. La partie (le plan, le photogramme, le cliché destiné à illustrer nos textes sur ce film, pieusement choisi, comme il se doit, par la production) dit le tout, le détail devient l’ensemble. Tout cela procède d’une intelligence du cinéma dont La Propera Pell sera aujourd’hui un digne représentant, du moins parmi les films à voir ces jours.

La Propera Pell passe en ce moment aux cinémas du Grütli.

20:43 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

Commentaires

S'agit-il réellement d'un enfant perdu ou s'agit-il d'un imposteur
rejoint un questionnement à propos de la réincarnation.

Un certain Jésus de Sibérie (voir VISSARION) serait-il la réincarnation de l'autre, de Nazareth ou s'agit-il d'un imposteur?
"Bien sûr qu'il s'agit d'un imposteur" est réponse facile

La réincarnation a-t-elle été inventée comme moyen de justifier les inégalités sociales, abus, etc. ou la réincarnation existe-t-elle?

Importante question car si la réincarnation existe nos élites, contrairement à ce qu'elles imaginent, ont tort de croire que du moment qu'il s'agit d'elles... elles peuvent se permettre tout et n'importe quoi.

Au moment où j'apprends l'existence de ce Jésus de Sibérie en fait en sa vie présente de son prénom Serge lequel annonce une fin du monde imminente je lis que l'on vient d'avancer l'horloge de la fin du monde (apocalypse).

Il s'agit d'une synchronicité lesquelles réelles sont toujours "signes"!

Pour le film présenté, Monsieur Pascal Gavillet, il arrive qu'à force de mécontentement voire d'écoeurements à répétition des parents doutent fort que l'enfant, jeune ou adulte en face d'eux soit bien le leur et que se présente à leur esprit l'éventualité d'une confusion entre bébés nouveaux-nés en établissements hospitaliers ou maternités.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 05/02/2017

Il m'arrive de me demander si Mai 68, ses lendemains, n'aurait pas porté atteinte à notre quotient affectif ou intelligence émotionnelle: la sexualité débridée désenchaîne-t-elle ou enchaîne-t-elle?
Car je suis frappée de constater qu'il n'y a qu'un commentaire présent.
Gilbert Cesbron, Chiens perdu sans collier, décidément, c'est du passé.


Sans connaître ce film mais... Un jeune qui chercherait à se faire passer pour le rejeton d'une famille est-il un imposteur ou quelqu'un qui cherche à jeter son ancre; où et comment!?
Combien de très jeunes filles victimes de prrêtre pédophiles n'ont-elles pas dit que c'"est parce qu'il passait ses bras autour de moi en m'embrassant tendrement

En m'accueillant, en me souriant"!?


Aumônier des jeunes délinquants en prison Guy Gilbert avait remarqué qu'un jeune à sa sortie de prison est attendu ou non.

Reçu et fêté à la maison ou plutôt un peu regardé de travers... en attendant la "suite"... voire le pire! ce pourquoi avec son équipe Guy Gilbert allait attendre certains jeunes à leur sortie de prison puis les emmenait à la permanence 46, rue Riquet Paris pour un bon repas suivi d'un dessert royal sur les Champs Elysées... pour le début

C'est ainsi qu'il en vint pour quelques-uns de ces jeunes ex délinquant éventuels futurs récidivistes à chercher pour eux des "familles d'accueil"!

Donc, si un jeune, en de telles conditions, ou d'autres, non moins tragiques, cherchait à se faire passer (identité ou autre) pour ce qu'il n'est pas son délit, sa démarche: cause ou conséquence?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 06/02/2017

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