11/02/2017

Berlin 2017 - Giacometti, une chanteuse africaine et un journaliste qui se fait virer

final.jpgSoit, les deux hommes ci-dessus ne croisent pas leurs regards. Ce portrait final est celui que livrera Alberto Giacometti du critique d'art James Lord quelque temps avant la disparition du premier. Geoffrey Rush en Giacometti, rugueux, gris, imprévisible, rocailleux, buriné. Armie Hammer en Lord, séduisant, lisse, anguleux, malicieux, prévisible, doux. Des oppositions et un face à face que le comédien Stanley Tucci, dont c'est le cinquième passage derrière la caméra, met en valeur derrière une reconstitution se voulant irréprochable - le Paris de 1964 recréé à Londres. Il s'efforce de capter le chaos régnant autour d'un Giacometti impossible à faire rentrer dans un cadre et qui pourtant ne travaille au fond que sur le cadrage. Il y a dans Final Portrait une dimension comique qui noie la nostalgie et la noirceur d'un propos centré sur une âme. Le résultat est plus qu'agréable.

Felicite.jpgRestons dans le portrait en évoquant celui de Félicité, chanteuse dans un bar de Kinshasa. Une femme face à l'adversité lorsqu'elle réalise que son fils, victime d'un grave accident, va devoir se faire opérer et qu'il lui faudra trouver des sommes colossales pour payer les frais de sa longue opération. Le cinéaste Alain Gomis se confronte au drame social et au film de chant. Entre gros plans sur son héroïne, Véro Tshanda Beya, plans larges documentaires sur les rues dévastées d'une ville saisie dans son présent, et scènes d'un quotidien heurté, Félicité parvient à trouver ses marques, emportant l'adhésion malgré quelques longueurs.

wilde.jpgUltime portrait de cette journée, celui d'un critique musical viennois, Georg, qui se fait virer du jour au lendemain de son média. Tel est le point de départ de Wilde Maus, une production autrichienne qui mérite bien sa place en compétition. Victime de mesures économiques qui vont évidemment chambouler son existence, Georg bascule alors dans une autre réalité où les motifs de la vengeance et du déni semblent indiquer un modus vivendi fort différent du premier. L'acteur Josef Hader, à la fois devant et derrière la caméra (c'est celui qui tient la bouteille de bière sur l'image ci-dessus), réussit surtout dans son premier film à gérer avec pas mal de subtilité l'ironie que soulève toute cette histoire. Contre toute attente, il signe une comédie désespérée dans laquelle chaque séquence vient détruire un peu plus ce qui a été précédemment échafaudé. Cette logique de déconstruction, même si elle obéit à des règles narratives classiques, génère inévitablement le rire. Particulièrement jouissif!

23:06 Publié dans Cinéma, Festival de Berlin 2017 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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