18/05/2017

Cannes 2017: Zvyagintsev place la barre haut d'entrée

(Je ne m'attarderai ni sur les atermoiements lassants et cérébraux ni sur la construction trop complexe pour séduire du dernier Desplechin, ces Fantômes d'Ismaël qui faisaient piètre figure en ouverture cannoise, il est vrai peu servi par un duo de comédiennes médiocres, l'une toujours, Charlotte Gainsbourg, l'autre parfois, Marion Cotillard. De Desplechin, je préférais nettement ces Trois souvenirs de ma jeunesse autrement plus inspirants et découverts voici deux ans ici-même.)


cannesrusse.jpgHeureusement, l'enthousiasme s'est rapidement installé en compétition, grâce au souffle personnel du dernier film du Russe Andrei Zvyagintsev, ce Faute d'amour qui nous a un peu laissé au bord du précipice, sans même un espoir ou un personnage auquel se raccrocher. Quête d'un enfant qui a disparu, qui a fugué parce que ses parents, séparés, ni ne l'aimaient ni ne s'aimaient, et qu'il a possiblement préféré aller voir ailleurs. Le drame, anodin, se mue en enquête, plus radicale, épousant les contours d'une mise en scène où l'émotion dépasse de loin la démonstration. Un film à l'estomac, âpre et désenchanté, apparemment sans solution, à la fois lisible et flou. Et un grand film qui se profile déjà comme un sérieux candidat à la palme.


cannesWonderstruck-1.jpgOn ne pourra en dire autant du dernier Todd Haynes, Wonderstruck, qui revisite pourtant une fois de plus habilement les codes des genres hollywoodiens, sans trop chercher à positionner son récit, qui se délite au gré de son dénouement. Mais il y a un beau noir et blanc, les apparitions de Julianne Moore en fausse diva du muet - Lillian Gish dans The Wind, en l'occurrence -, des comédiens enfants qu'on se surprend à trouver supportables, et de jolis décors malgré d'inutiles fioritures narratives.


cannesbarbara.jpgCôté déstructuration, le Barbara de Mathieu Amalric joue quant à lui à la perfection la carte du portrait éclaté, soit celui de la chanteuse donnant son titre au film, jouée plus qu'incarnée par une Jeanne Balibar aux frontières de la démence. Ode à la chanson et à la fantaisie, le film ne cesse de mettre à nu les dispositifs et les rouages dont il use, jusqu'à briser toute distance entre spectacle et représentation, entre mise en scène et fiction. Nous sommes au-delà du film dans le film, les effets d'irréel et de réel se télescopent avec une grâce constamment désarmante, chaque séquence déjoue les précédentes dans une disharmonie paradoxalement cohérente d'un bout (de pied) à l'autre. Un bonheur, tout simplement.

22:35 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2017 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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