20/05/2017

Cannes 2017 : les années Act Up à l'écran et l'art contemporain mis à mal par ses prétendants

D'abord les films, rien que les films, sans mise en contexte. Et pour aujourd'hui, les deux découverts en compétition.


120battemen.jpgPas une fresque historique, mais un récit choral, encore que le terme ne soit pas tout à fait approprié, pour raconter les années Act Up à Paris, militantisme et lutte contre le Sida, prise de conscience, dénonciations. Pas une fresque historique, donc, et surtout pas une fresque, même si 120 battements par minute procède aussi par la reconstitution, mais bien plutôt une histoire individuelle, une parmi d'autres, qui prend petit à petit le pas sur la vision d'ensemble. Sans la perdre de vue, cela dit. A l'énergie de réunions constantes, vécues par de magnifiques comédiens - le film de Robin Campillo fait d'ailleurs se succéder ces scènes, jusqu'à occuper presque l'entier du récit - la séquence finale, l'une des plus belles séquences d'adieux de tout le cinéma français de ces vingt dernières années, semble répondre pour amplifier une boucle qu'il ne s'agit plus de boucler, mais de prolonger, parce que la vie, et la lutte qui va avec, continue. L'émotion palpable de ce cérémonial de fin particulièrement bien amené et chapitré confère la patine d'un grand film à ces 120 battements par minute. Grand parce qu'il dépasse son sujet, va au-delà de la banale exposition trop souvent à l'oeuvre dans un cinéma hexagonal engoncé dans ses codes. Texture et dimension d'une palme possible, mais ceci est vraiment hors-sujet, pour le coup. Grosse ovation au terme de la projection du matin.

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Et ensuite:


square2.jpgOvation quasi analogue à la séance de l'avant-veille au soir pour The Square du Suédois Ruben Ostlund, sélectionné in extremis en compétition. "Comédie" sise dans le milieu de l'art contemporain, celui où les musées travaillent main dans la main avec les responsables de marketing, le métrage est corrosif. Et partiellement insaisissable. Tiré au cordeau tout en démolissant les règles usuelles de la narration, genre Toni Erdmann pour l'effet de surprise (mais je ne compare pas), au vitriol pour le portrait des personnages, drôle jusqu'à un certain point, c'est-à-dire jusqu'au malaise, sentiment que le cinéaste sait amener à la perfection et au terme d'une séquence (aux deux tiers du film) aussi démente qu'effrayante qu'il vous faudra découvrir sur grand écran un jour. En attendant, le jeu stérile des pronostics cannois ne saurait exclure ce Square de la liste. Il est au niveau d'une compétition pour l'instant quasi sans dérapages

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17:27 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2017 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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