25/05/2017

Cannes 2017 : le monde au diapason des cinéastes - ou l'inverse?

Les cinéastes mettent en scène le monde et le monde va mal. Nulle transitivité à l'oeuvre dans ce qui précède mais le constat que les auteurs cannois se veulent souvent sérieux, cérébraux et dogmatiques. Tous? Non. N'ayant plus le temps matériel de bloguer quotidiennement, voici quelques instantanés, à peine plus que des tweets, sur les films vus en concours depuis lundi.


good-time.jpgGood Time de Josh et Benny Safdie
Robert Pattinson à chaque fois surprenant. D'un rôle à l'autre. Présence et regard, charisme et fougue, pas de substantif pour sauvage. Pas de Pulp Fiction à citer, nous sommes clairement ailleurs. Hommage au genre, le thriller est convenu, un braquage qui foire, un frère cherchant à sortir son bro de la taule, traquant le fric, s'attirant les emmerdes. La mise en scène vise le naturalisme, les frangins cinéastes se contemplent un peu en train de filmer, ne sont pas les Coen qui veut, le début promet, la suite cafouille, la fin déçoit. Mais un quelque chose de tripal, de bestial, de glauque au premier degré, subsiste, qui ne me déplaît point. Une noirceur qu'on souhaiterait plus rugueuse, moins tape à l'oeil. Des réserves, j'en ai, mais elles s'effritent. J'aime, après tout.


Mise à mort du cerf sacré de Yorgos Lanthimos.
D'une folie l'autre, exercice de misanthropie métaphorique, histoire de vengeance dévastatrice. Un jeune garçon tire les ficelles, Kidman, Farrell and family en sont les victimes. Beaux cadrages, mise en scène sûre d'elle, propos prétentieux.


Happy End de Michael Haneke
Au début, des plans pris depuis un portable. Puis Calais, son port et ses bourgeois. De rien d'autre il ne sera (fut) question. L'égoïsme d'une famille, problèmes larvés, relations complexes, sans doute trop pour qu'on y adhère. Comme dans le film cité ci-dessus, la fable est cruelle, inhumaine. Déshumanisée serait plus juste. Huppert ressemble trop à Huppert, Trintignant surgit d'Amour.  Beaux cadrages, mise en scène sûre d'elle, propos prétentieux. Mince, je me répète. Certains cinéastes aussi.


Le Jour d'après de Hong Sang-soo
Exercice rohmérien, suite d'atermoiements amoureux à fleur de peau, objets d'une béatitude qui se dissout dans un hors-champ virtuel, pureté d'un  reflet que d'infimes oscillations viennent troubler. Un (car il y en a plusieurs) microcosme parisien crie au chef d'oeuvre et à la palme, je vais rester très calme, presque zen. De Hong Sang-soo, le festival a aussi montré La Caméra de Claire, hors-compét, tourné ici-même à Cannes lors du festival en 2016, avec Isabelle Huppert dans son éternel rôle de jeune femme refusant de vieillir. Un diptyque? Non.


Hikari de Naomi Kawase
Certains ont dormi, moi pas. Mais ce joli portrait de photographe perdant petit à petit la vue peine à prendre chair. Fulgurances poétiques en sourdine, agréable film qui nous berce, comme ces petits sommeils que d'autres finirent par trouver.


Rodin de Jacques Doillon
Lindon crédible dans le rôle titre pour un film travaillant sur la matière d'un art, la sculpture, non sans une certaine sécheresse que je préfère au brouhaha Camille Claudel de Nuytten.


Les Proies de Sofia Coppola
La voici qui remake un chef d'oeuvre de Siegel avec Eastwood. Plate non conformité mais conformisme romantique achevé par un casting sans relief, Kirsten Dunst en effarouchée, Elle Fanning en rien, et Nicole Kidman trop consciente de la caméra. Dans ce piège cruel, Colin Farrell joue de sa virilité en se contenant. Kidman et lui étaient également du voyage dans Mise à mort du cerf sacré de Yorgos Lanthimos. Donc double montée des marches empingouinées.


Une femme douce de Sergei Loznitsa
J'ai falli taper "de Robert Bresson" avant de vérifier l'orthographe de Loznitsa, qui fut déjà en concours à Cannes par le passé. Symbolique lourdingue pour un film sur l'absurde condition humaine qui se perd en route, comme son héroïne. Cherché en vain un rapport avec Une femme douce de Bresson. Cherché un peu de Russie, un peu de Dostoïevski. Je n'ai entendu que chants assourdissants et brailleries d'ivrognes.

17:56 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2017 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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