12/08/2017

Locarno 2017 : images volées, images retrouvées, adieux différés

dragonfly.jpgBien avant que Wang Bing ne soit sacré Léopard d’or 2017 pour Mrs. Fang, bien avant que j’en reparle, demain, lundi, qui sait, nous avions déjà commencé à fuir, telles des galaxies mues par cette mystérieuse accélération qui viendrait contredire un modèle cosmologique pour l’instant inexistant. Ce syndrome de (la) fuite, sensible depuis dix jours environ à Locarno, fragmentation d’un monde qui nous échappe, et qui pousse chacun à ériger son ego comme centre de l’univers, n’était-il pas à nouveau au cœur de Dragonfly Eyes, ce film de Xu Bing composé uniquement d’images captées par des caméras de surveillance ? Idée intéressante, dommage que celui qui a compilé ces images veuille à tout prix raconter quelque chose à travers celles-ci, s’efforcer à la fiction alors que la béance ou le vide me paraissent des options autrement plus fascinantes, voire radicales.

Gli Asteroidi, premier film de Germano Maccioni, n’a pas ces ambitions. Il ne parle pas d’astrophysique, ou alors si peu et de manière si saugrenue qu’il vaut mieux s’abstenir de tout commentaire. Presque un teen movie, n’était la présence massive d’un Pippo Delbono essoufflé. Promis, ce soir, nous tenterons tous de regarder le ciel en espérant y voir la lumière d’étoiles mortes depuis un temps qui n’appartenait pas encore au nôtre.

Pendant ce temps, sur la Piazza, l’avant-première suisse d’Atomic Blonde de David Leitch me réconcilie en partie avec un cinéma d’action trop souvent soporifique. Ne serait-ce que parce qu’il a la bonne idée de se dérouler à une époque – 1989, la chute du Mur – où les portables n’existaient pas et où le Net n’était pour ainsi dire pas réservé au public. Le film cultive la jouissance des codes, la frigidité des couleurs nocturnes, et compile quelques tubes sympathiques. Juste après, la fuite a repris son droit, j’ai trébuché devant un Kursaal vidé de ses occupants, en espérant y refaire un tour dans six mois, lorsque tout cela serait vraiment vide, et non pas pour de faux. Et qui sait, peut-être pourrions-nous aller ensemble patiner sur la Piazza Grande ?

22:12 Publié dans Cinéma, Festival de Locarno 2017 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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