19/01/2018

Tiédeurs du monde tropical

tropical.jpgAu fondement de tout grand film, le mystère. Epais, intangible, peut-être irréductible. Ici, un jeune homme qui disparaît, au cœur d’une jungle verte comme la nuit. Avec lui, juste avant ou juste après, ces troupeaux amputés d’un ou de plusieurs animaux, eux aussi disparus, envolés, enfoncés dans une savane d’où plus rien ne ressort et où tout se transforme, peut-être à jamais. Alors pour savoir, et peut-être retrouver son aimé, un jeune soldat par le rechercher. Non pas une légende, mais une simple histoire, un conte tropical qui se divise en deux parties aussi distinctes qu’inexplicables. Parce qu’expliquer, justifier, raisonner, démontrer ou analyser, ce n’est pas ce qui intéresse Apichatpong Werasethakul. Avant Oncle Boonmee, sa Palme d’or cannoise en 2010, il y a quelques films, dont en 2004 ce fascinant Tropical Malady qui ne se laissera pas réduire aisément et c’est tant mieux. Le plan ci-dessus possède son hors-champ, qu’un léger mouvement de caméra révèle, évoquant in fine un échange de regards nocturnes. Mais aucune des visions du film ne saurait contenir toutes les autres. En revanche, rien n’exclut que n’émane pas du récit une entité narrative individuelle. C’est insondable et cela donne le vertige. S’y perdre et n’en jamais revenir, tel est aussi le propre des grands films.

Tropical Malady passe ces jours à Black Movie.

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