02/02/2018

«Marnie», une mise en scène de l’exclusion

marnie.jpgRevenons au précepte même de ce blog pour ne considérer que ce photogramme de Marnie, image il est vrai particulièrement emblématique du film, même si elle ne dit rien de la mise en scène hitchcockienne et de ces imperceptibles brisures que le maître injecte dans chacun de ces mouvements. Qu’y voyons-nous ? A droite, une Tippi Hedren extatique, les mains jointes autour du museau d’un cheval, le sourire ravi, dans un état qui la coupe du monde, vêtue d’une robe jaune très habillée contrastant avec le décor. A gauche un Sean Connery hiératique et pas très à l’aise, les bras raides le long de son corps, esquissant un vague sourire devant la scène, suggérant qu’il en est exclu sans vraiment l’assumer, attitude très proche de celle de John Gavin dans le final d’Imitation of Life de Sirk. Ici, l’homme est absent, juste posé dans le décor. Et d’ailleurs il s’y fond, son costume gris est à peine plus contrasté que les murs et les bosquets en arrière-plan. La scène se joue sans lui, entre Hedren et le cheval, qui l’ignorent. Cette mise en scène de l’exclusion, symptomatique du rapport qu’entretiennent les deux personnages dans cette fiction – mais pas question ici de raconter le contexte psychanalytique qui s’y rattache -, se trouve répétée à l’intérieur même du cadre, dans le minimalisme d’un décor d’où le hasard paraît avoir été chassé.

Car si le cheval et sa très belle silhouette sombre séparent nettement les deux personnages dans le cadre, la disposition des fenêtres à gauche et des colonnes à droite accentue cette impression. Chaque personnage est ainsi maintenu prisonnier par des éléments de décor nullement cadrés par hasard. On croit même déceler deux cornes, deux excroissances qui se forment au-dessus de la tête de Connery, surgissement de deux branches d’arbre qui créent ici un curieux effet, transformant l’homme en une entité démiurgique qu’il va tenter d’endosser. Les limites de l’exercice et de l’interprétation sont sans doute atteintes dans cette observation, d’autant plus que le photogramme n’est pas non plus le plan, mais juste un syntagme isolé au cœur d’une plus vaste séquence dont vous trouverez sans problème d’autres valeurs sur le net. Tout cela suffit à conclure que certaines images parviennent à résumer une œuvre, ou plutôt à la contenir, par un effet métaphorique saisissant. Il en va ainsi chez Hitchcock, et même dans la plupart de ses films. Marnie (Pas de printemps pour Marnie, 1964), chef d’œuvre souvent déconsidéré, au tournage si chaotique si l’on se fie à ce qu’en disent livres et témoins, grand film obsessionnel et peu aimable, en fournit un exemple tout à fait intéressant.

Marnie est programmé en ce moment aux Cinémas du Grütli dans le cadre du cycle «Hitchcock et ses héritiers».

19:56 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Tippi Hedren est surtout très .........................élégante en Edith Head, une élégance qui a disparu partout aujourd'hui même des films américains!!

Écrit par : dominique degoumois | 07/02/2018

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